A la Une

Mère seule, je suis privée de RSA parce que j’ai repris mes études

Sarah a réussi sa première année de pharmacie sans aides. Si elle retourne à la maison, elle touchera à nouveau 813 euros pour élever sa fille.

Nom : Sarah M. ; âge : 28 ans ; situation familiale : mère célibataire, une petite fille de 4 ans ; activité : étudiante en pharmacie, première année validée ; situation : désespérée…

Pleine de bonne volonté, l’été 2010, je me décide à mettre en place le projet dont je rêve depuis que je suis mère. Reprendre des études.

Fraîche et brillante bachelière scientifique, toutes les possibilités m’étaient alors ouvertes mais à cette époque, je n’ai pas réussi à choisir. J’ai préféré m’instruire à l’école de la vie.

Petits boulots de serveuse, d’aide à domicile, de baby-sitter, et autres jobs d’appoint se sont enchaînés plus vite qu’une valse à mille temps. Je me suis vite retrouvée sans logement et sans le sou. Et je suis devenue mère.

RSA = Revenu pour Sauver mon Âme

Cet été 2010, je décide donc que je serai docteur en pharmacie. Tant qu’à se sortir de la précarité autant en sortir une fois pour toute.

D’un pas décidé et guilleret, je m’en vais voir mesdames et messieurs les représentants des institutions de toute sortes et de toutes les couleurs.

Enthousiasme général ! On me finance un stage de remise à niveau, on me paie des cahiers, des stylos, un vélo, et même des habits.

J’en ai de la rage, j’en ai de la volonté. Et ce, en plus des 700 euros que l’on me tend généreusement chaque cinquième jour du mois et qui me permettent de vivre pas tout à fait comme il faut, mais pas tout à fait comme une gueuse non plus.

Ils appellent cela, le RSA, Revenu de solidarité active. J’appelais cela le Revenu pour sauver mon âme.

L’Etat a dépensé 22 700 euros pour moi

19 septembre 2011 : je suis étudiante. J’apprends que je n’ai plus droit au RSA. Mais ça, je le savais. Je savais que je ne serais plus éligible à cette aide. Mais je savais également qu’il était possible d’obtenir une dérogation.

Les modalités d’attribution de cette dérogation ont toujours été floues malgré toutes mes recherches, près d’un an avant de m’inscrire à la faculté. Rien n’indiquait cependant qu’un projet solide comme le mien ne bénéficierait pas du soutien de l’Etat comme ça avait été le cas jusque-là.

Jusque-là, j’avais à moi seule bénéficié de près de 4 000 euros pour financer mon stage de remise à niveau, et près de 1 000 euros en aides financières diverses. Sans parler du RSA que j’avais continué à toucher pendant toute l’année où je me suis préparée à cette reprise d’études, soit près de 9 000 euros.

L’Etat s’apprêtait également à dépenser quelque 8 700 euros, coût d’un étudiant à l’université. Au total, 22 700 euros sur deux ans ont été dépensés sur ma modeste personne, pour que moi, Sarah M., je concrétise mon projet professionnel, mon projet de vie, mon projet de sortie de crise.

Les refus : je ne mange pas à ma faim

Impossible que l’Etat accepte de jeter tout cet argent par la fenêtre en ne me permettant pas de continuer… Je demande une dérogation :

  • première demande envoyée au conseil général : refusée ;
  • deuxième demande envoyée au conseil général : refusée ;
  • dernier recours gracieux envoyé au conseil général. Cette fois-ci, une commission chargée d’évaluer humainement la faisabilité de mon projet, approuve et soutient ma demande de dérogation, refusée ensuite par un seul et unique représentant du Président du conseil général qui a droit de veto.

Pendant ce temps, il me faut à tout prix réussir cette première année de médecine, extrêmement sélective. Je travaille seize heures par jour, sept jours sur sept, je vivote tant que je peux, et fais garder ma fille au maximum. Je ne mange pas à ma faim pour nourrir mon enfant.

Je ne dors pas la nuit, parce que le jour mon devoir de maman l’emporte sur mes devoirs d’étudiante. Mon compte bancaire passe de deux à trois chiffres rouges. Je me sens complètement abandonnée et je suis prête à abandonner malgré les résultats inespérés du premier semestre.

L’été sans rien avec un stage non rémunéré

La dame de la CAF a été claire. Si j’arrête mes études, on me reverse le RSA mais tant que je continue à m’entêter à vouloir avoir un bon diplôme, on continuera à ne rien me donner.

L’Etat me financerait donc en me donnant de quoi vivre dignement, c’est-à-dire, « à peine » 700 euros par mois, et ce, pour passer le reste de ma vie à ne rien faire. Quant aux presque 23 000 euros dépensés jusqu’alors sur moi, et bien tant pis !

J’arrache finalement une modeste aide de 460 euros sur dix mois, du Crous, une bourse donc, qui me permet d’envisager de ne pas abandonner en milieu d’année. Je finis cette année sur les rotules, et je décroche in extremis, mon ticket pour la deuxième année.

Puis vient l’été. On me dit que comme je suis étudiante je n’ai toujours pas droit au RSA alors que ma bourse n’est pas versée. Je suis quand même obligée d’effectuer un stage de six semaines non rémunéré.

Alors, sur les conseils d’une personne de la CAF, j’ai déclaré avoir arrêté mes études, pour toucher à nouveau le RSA pendant l’été. Je déclarerai avoir repris mes études en septembre. J’ai reçu une « notification de refus » des Allocations familiales le 17 juillet : si on me demande de rembourser les deux mois, je suis très mal.

Le RSA me paraît être un eldorado

Aujourd’hui, je n’ai rien à manger, rien pour payer mon loyer, rien pour payer l’électricité, personne pour garder ma fille, aucune aide pour l’envoyer en centre ou la faire garder. La dernière fois, j’étais à -1 300 euros sur mon compte en banque. Celle-ci m’a bloqué le virement de mon loyer ce mois-ci.

Je suis si misérable que le RSA me paraît être un eldorado. Avec lui, j’aurai de quoi manger, j’aurai même de quoi envoyer ma fille en vacances, pendant que moi je croiserai gentiment les doigts dans un appartement dont je pourrai payer le loyer ! Suis-je donc la seule ? Non. Je les ai entendues « les autres » comme moi, mamans et étudiantes. Mais comment diable font-elles ? Et oui, peut-être devrais-je moi aussi, tricher, cumuler RSA en ne déclarant pas que je suis étudiante, et bourse en déclarant être étudiante…

Mes parents, ouvriers, n’ont pas les moyens de m’aider. Six packs de lait de temps en temps, une robe tous les deux mois pour ma fille… C’est déjà bien.

Alors quel choix glorieux me reste-t-il ?

Faire payer à mon enfant ma décision de nous en sortir en lui faisant vivre la misère pour finir par effectuer un dossier de surendettement : la réalité veut que vivre avec moins de 300 euros par mois est mission impossible ?

Voler et tricher pour pouvoir confortablement investir dans un avenir radieux et même rembourser l’Etat, en payant des impôts (quel beau jour ce sera !) ?

Je suis perdue. Pour l’instant, je continue.

Sarah M. Riveraine

Publié le 12/09/2012

Source: rue89.nouvelobs

Notre commentaire.

Cette mesure est toujours d’actualité, plusieurs personnes viennent de subir le même sort, radiés par les Conseils départementaux, selon des sources sûres. Le RSA n’est-il pas fait pour permettre aux personnes courageuses et déterminées ayant un projet d’insertion professionnelle solide de sortir définitivement de la précarité? Comment interrompre une telle aide à quelqu’un qui est par exemple à la dernière année d’obtention d’un diplôme professionnel final, par exemple un diplôme d’infirmier? Comment concevoir que ce revenu soit renouvelé lorsque la personne abandonne les études et interrompt par manque de moyens financiers cette formation et s’inscrit à Pole emploi, sans une certitude de stabiliser sa situation professionnelle à plus long terme? Que veut réellement l’Etat dans sa politique d’aide contre la précarité? L’objectif est-il d’empêcher certaines personnes d’avoir un certain niveau de formation diplômante? Sa politique et ses agissements ne sont-ils pas contradictoires à la politique d’insertion professionnelle qui aurait permis à l’Etat de favoriser une insertion professionnelle définitive et d’avoir des personnes fiscalement plus sûres?

Le 02 Août 2016

MIRASTNEWS

RSA

L’Allocation de parent isolé (API) a été remplacé par le RSA.

Une mère célibataire peut être éligible au RSA (sous conditions de ressources) : le montant avec un enfant à charge est alors de 813,16 euros par mois.

Mais le RSA n’est pas ouvert aux étudiants (sauf revenus de plus de 500 euros par mois). Le président du conseil général peut faire une dérogation, justifiée « par la situation exceptionnelle de l’intéressé au regard de son insertion sociale et professionnelle ». E.Br.

Voir le document
Voir le document
Porte-monnaie

Revenus : 841 euros par mois environ – Bourse : 383 euros – Allocation logement : 369 euros- Allocation de soutien familial (ASF) : 89 euros – Dépenses fixes : 813 euros par mois environ – Loyer : 590 euros- Electricité : 60 euros environ- Assurances : 18 euros- Téléphone et Internet : 30 euros- Accueil périscolaire : 111 euros – Abonnement bus et tram : 4,60 euros – Reste 28 euros pour vivre (alimentation, habillement, divers…)

2 Comments on Mère seule, je suis privée de RSA parce que j’ai repris mes études

  1. arnaud gundolf // 30 janvier 2017 à 10:19 // Réponse

    ggg

    J'aime

  2. arnaud gundolf // 30 janvier 2017 à 10:24 // Réponse

    hier jetais tres en colere et jai eu tres peur d’etre aussi sans rsa je m’en excuse et je vous demande de ne pas envoyer ce commentaire fait sous la peur et la colere

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :