A la Une

Frappes contre l’armée syrienne, «Il ne pouvait y avoir aucune erreur!»

© AFP 2016 US AIR FORCE

Survenues moins d’une semaine après l’entrée en vigueur de la trêve, les frappes de la coalition internationale sur l’armée syrienne ne peuvent pas être une «erreur», considère une analyste politique qui juge que l’incident survenu samedi ne fera qu’aggraver la situation en Syrie et réduira davantage le taux de confiance déjà très fragile.

Quoique les États-Unis déclarent que la frappe de la coalition internationale anti-Daech contre les troupes de l’armée syrienne ait été « une erreur », toute bavure est exclue, considère dans un commentaire à Sputnik Hafsa Kara-Mustapha, une journaliste, analyste politique et commentatrice qui se concentre particulièrement sur le Proche-Orient et l’Afrique.

« Ce n’est pas une « erreur » et ne peut pas l’être. Les avions américains n’avaient aucune raison de survoler Deir ez-Zor pendant le cessez-le-feu convenu et officiellement annoncé (…) tout en sachant que l’État islamique reculait », rappelle l’interlocutrice de l’agence.

Et d’ajouter que l’équipement sophistiqué dont disposent les forces de la coalition permet de déterminer avec exactitude presque parfaitement qui est qui sur le terrain.

Or, l’attaque contre les forces gouvernementales syriennes survenue samedi a donné un avantage aux extrémistes de Daech, poursuit l’analyste.

Mme Kara-Mustapha pointe par ailleurs que ce n’est pas la première fois que Washington n’honore pas ses engagements au Proche-Orient, soulignant que les États-Unis sont responsables du chaos dans lequel a plongé cette région.

« La seule chose qui surprend dans cette histoire, c’est que les gens continuent à s’étonner des actions pourtant si prévisibles des États-Unis », a fait savoir l’experte.

Quoi qu’il en soit, cet incident ne fera qu’aggraver la crise syrienne et augmentera davantage la méfiance de tous envers tous, a-t-elle regretté.

Samedi, le ministère russe de la Défense a rapporté que l’aviation de la coalition internationale dirigée par les États-Unis avait effectué quatre frappes sur les positions des militaires syriens encerclés par les terroristes du groupe Daech près de la ville de Deir ez-Zor.

Ces raids ont fait 62 morts et environ 100 blessés parmi les militaires. Les États-Unis ont confirmé avoir effectué les raids. Selon des porte-parole du Pentagone, les militaires étaient convaincus de bombarder des positions de Daech et ont cessé l’opération immédiatement après avoir découvert l’erreur.

Suite à cet incident, Moscou a convoqué d’urgence une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu.

Rappelons que l’attaque en question est survenue une semaine après l’accord Lavrov-Kerry sur la Syrie. Dans le cadre de l’application de ce dernier, une trêve a été instaurée sur l’ensemble du territoire syrien mardi à 19h00 heure locale.

Source : Sputniknews

OBAMA au secours de Daech

daesh_parents00

Le président des Etats-Unis va bientôt tirer sa révérence. Mais avant de rejoindre le club des conférenciers à 100 000 dollars, il aura commis un nouveau forfait en Syrie. Le 17 septembre, pour la première fois, son aviation a tué entre 60 et 80 soldats de l’armée arabe syrienne à Deir Ezzor. Loin d’être fortuite, cette attaque a eu lieu au moment même où l’armée nationale affrontait une offensive de Daech.

Le Pentagone a déclaré qu’il s’agissait d’une erreur, mais qui peut croire un tel mensonge ? Cette version officielle a d’ailleurs reçu sa première entaille de la part de l’ambassadrice US à l’ONU. Elle a admis devant le conseil de sécurité que les USA étaient à l’origine de cette frappe, mais elle en a minimisé l’importance, en comparant cette bavure « non intentionnelle » avec les «attaques intentionnelles » de Damas contre des civils. Curieuse explication !

La thèse de l’accident, en réalité, ne tient pas la route. Il suffit de considérer les faits pour s’en rendre compte.

– Premièrement, le « modus operandi » de l’attaque. Menée à quatre reprises par plusieurs appareils de combat au sol, elle a duré selon les témoins près de 45 minutes. Il ne peut donc s’agir de l’opération erratique d’un pilote isolé qui aurait mal compris les ordres reçus.

– Deuxièmement, le lieu de l’attaque. La position ciblée est Jebel Tudar, à 4 kilomètres au sud de l’aéroport de la ville. Il s’agit d’une colline-clé pour la défense de toute la zone, où 100 000 habitants sont encerclés par Daech. C’est une position statique, occupée par l’armée syrienne au su et au vu de tous depuis des mois.

– Troisièmement, le communiqué de victoire de Daesh. L’agence de propagande « Amaq », en effet, a affirmé que le groupe djihadiste avait pris le contrôle de la colline où a eu lieu la frappe aérienne de la coalition prétendument anti-terroriste. Cette belle coordination entre les USA et leurs mercenaires officieux mérite d’être soulignée !

– Quatrièmement, l’invraisemblance totale d’un appui aérien US à l’armée syrienne. C’est la seule explication possible s’il s’agit d’une « bavure », mais elle est absurde. L’aviation occidentale n’a jamais prêté main forte à l’armée syrienne, pourquoi le ferait-elle ? C’est la question que l’ambassadeur de Russie vient de poser à l’ONU. La réponse est évidente : il ne s’agissait pas d’aider l’armée syrienne, mais d’aider Daech.

Frapper l’armée syrienne au profit de Daech, en effet, permet d’atteindre trois objectifs. En soulageant le front d’Alep, ce contre-feu allumé à l’extrémité Est du pays brise le rêve d’une reconquête du territoire national. Il fragilise l’Etat syrien. Mais il envoie aussi un message explicite à la nébuleuse takfirie en mauvaise posture depuis la reprise des quartiers Sud d’Alep. Enfin, il conforte les alliés régionaux de Washington dans la poursuite de leur politique mortifère du « chaos constructif » au moment où la fin de mandat de Barack Obama pouvait laisser craindre un certain ramollissement de Washington.

On savait le cynisme US sans limite, mais il vient de faire un saut qualitatif. C’est la première fois que les USA agressent frontalement l’armée syrienne. Cette nouvelle transgression a valeur de test, et la réplique de l’axe Moscou-Damas ne devrait pas se faire attendre. Cette main tendue à l’organisation terroriste montre que les néocons n’entendent pas lâcher prise au Moyen-Orient. La coïncidence de cette attaque avec l’octroi de 38 milliards de dollars à Israël est significative. Contrairement à ce qu’on lit parfois, Washington ne se désengage pas de la région. Il continuera, demain, d’y semer le chaos en armant le bras des tueurs en tout genre.

Par Bruno Guigue : ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

Source: Arrêt sur Info

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :