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Pour déstabiliser l’Asie, les USA ressortent le même scénario qu’en Ukraine

© AP Photo/ Charles Dharapak

La tension monte entre les États-Unis et la Chine dans la région Pacifique, particulièrement en mer de Chine méridionale et autour de l’archipel des Spratleys – objet d’un litige territorial de longue date.

Plusieurs pays de la région, qui revendiquent l’archipel des Spratleys, en mer de Chine méridionale, seraient appuyés en coulisses par les États-Unis, estiment les experts.

Selon les observateurs, la mer de Chine méridionale et l’archipel des Spratleys deviennent le terrain principal de la confrontation entre les États-Unis et la Chine. Washington souhaite créer une large coalition commerciale, puis politique contre la Chine et mettre en œuvre son projet de Partenariat Transpacifique (TPP). Le TPP signifie l’accès à des marchés richissimes et des opportunités d’expansion dans la zone Pacifique et surtout en Asie du Sud-Est pour les compagnies américaines.

Toutefois, hormis chez les satellites évidents des États-Unis que sont l’Australie, les Philippines et les entités géopolitiques dépendantes de Polynésie, le projet TPP, fait du surplace après des débuts prometteurs.

Le Vietnam, qui entretient historiquement des relations très difficiles avec la Chine et sur lequel misait Washington, vient de refuser de ratifier cet accord. Un camouflet pour les États-Unis.

L’opposition au projet monte également dans les pays limitrophes, dont les gouvernements et les milieux d’affaires commencent à comprendre que la Maison blanche promeut l’idée d’un asservissement néocolonial de ces pays sous couvert de la protection contre « l’agression chinoise ».

La Russie et la Chine intensifient aussi leurs activités dans les eaux de l’archipel des Spratleys. La Marine et les fusiliers marins des deux pays y ont récemment tenu des exercices conjoints.

Préoccupé par les activités chinoises, les problèmes du TPP et la coopération militaire russo-chinoise dans la région, Washington a organisé un concours de bourses destinées à soutenir des scénarios à l’instar de celui du Maïdan ukrainien. Le Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail du département d’État a publié un cahier des charges détaillé pour les ONG qui seront choisies pour apporter la « démocratie » et les « droits de l’homme fondamentaux » dans les pays d’Asie du Sud-Est. Washington compte commencer par débloquer près de 740 000 dollars à ces fins (658 000 euros).

Selon ce texte, les États-Unis soutiendront les projets encourageant les militants locaux à « renforcer les réseaux civils existants (…) et à évoquer le progrès des questions relatives aux droits de l’homme dans la région ». Les projets sélectionnés seront ceux où les militants locaux et les ONG « partageront stratégie et tactique d’influence et de communication pour une meilleure compréhension des forces motrices du transit démocratique et économique dans la région ».

Ensuite, le département d’État formule les critères selon lesquels les ONG financées par les États-Unis devront travailler en Asie du Sud-Est. Cela concerne notamment les « droits fondamentaux de réunion, d’expression et d’autogestion », ainsi que « l’ouverture du débat sur la responsabilité des autorités dans les exécutions sommaires et les disparitions, ainsi que le renforcement du suivi des violations des droits de l’homme ».

Il est à noter que le gouvernement américain entend allouer des fonds pour renforcer dans les pays d’Asie du Sud-Est le « suivi des investissements dans l’infrastructure, les secteurs de production minière et des matières premières, les zones économiques spéciales et les projets de développement des territoires, y compris en matière de logement ».

Enfin, le cahier des charges inclut des tâches plus traditionnelles comme la liberté sur internet, la tolérance et « l’ouverture des communautés locales ».

Ce projet concerne une aire géographique très large qui inclut Brunei, le Myanmar (Birmanie), le Cambodge, le Timor oriental, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam. On trouve également une remarque spéciale pour les militants de Mongolie, de Taïwan et de Hong Kong qui seront « surveillés de plus près ». Un accent sera enfin mis sur les minorités ethniques et religieuses, les jeunes, ainsi que la communauté LGBT.

Selon Vladimir Sotnikov, directeur du centre Russie-Orient-Occident, les autorités américaines sont préoccupées par le renforcement de la Chine et la formation d’une ceinture d’États amis autour d’elle, ce qui réduit à néant la théorie de contrôle de la Chine par la « puissance douce » professée par les stratèges de Washington.

« Washington est très préoccupé par ce bras de fer avec Pékin. Ils ont de profondes contradictions en Asie du Sud-Est. L’influence chinoise dans la région est assez importante et beaucoup d’expatriés chinois influent considérablement sur la politique des pays asiatiques. L’un des objectifs de la diplomatie américaine est donc de renforcer son empreinte dans ces pays. Qui plus est, les États-Unis tentent de promouvoir l’idée du Partenariat transpacifique, un méga-projet de longue date dont la mise en œuvre ne correspond pas aux attentes de nos partenaires. Les États-Unis portent une attention démesurée aux questions humaines. Ce programme visant à soutenir les droits de l’homme pourrait rendre la région plus loyale aux Américains, rendre ainsi les rapports de force en Asie du Sud-Est plus favorables aux USA et encourager au final la création du Partenariat transpacifique », estime l’expert.

Les médias américains publient régulièrement des articles dans lesquels ils font état d’une dégradation toujours plus inquiétante de l’image des États-Unis comme défenseur global des droits de l’homme. Les auteurs du programme de soutien aux ONG en Asie envisageraient visiblement de redonner une seconde jeunesse à cette image positive de Washington.

« Les tentatives de l’administration américaine de mettre en place un partenariat humanitaire entre les États-Unis et les organisations régionales visent à obtenir un soutien approprié aux projets américains d’affrontement avec la Chine. Cette dernière considère historiquement l’Asie du Sud-Est comme sa sphère d’influence », fait remarquer M. Sotnikov.

Alexandre Chatilov, doyen de la faculté de sociologie et de psychologie de l’Université des finances du gouvernement russe, souligne le danger lié à la création de tensions sociales et d’un territoire d’instabilité autour de la Chine à l’aide de « scénarios de type Maïdan » déjà testés dans de nombreux pays.

« Cette région est dans le viseur des États-Unis depuis longtemps. Ils ont plus d’une fois tenté d’y déstabiliser la situation. La « révolution des parapluies » à Hong Kong en est un exemple. Après le Moyen-Orient, l’Amérique latine et l’espace postsoviétique, les États-Unis visent désormais l’Asie du Sud-Est. Outre leur bras de fer avec la Chine, les États-Unis veulent faire chuter les régimes indésirables hostiles aux idéaux de la démocratie libérale. Il s’agit notamment de la République socialiste du Vietnam — seul pays qui a de fait réussi à vaincre les Américains. Washington veut visiblement sa revanche en faisant exploser ce pays de l’intérieur. Les États-Unis voudraient bien attirer le Vietnam dans leur camp mais l’influence chinoise y est pour le moment plus importante. Les pays de la région constituent le ventre mou de la Chine, où les États-Unis veulent utiliser les technologies des « révolutions de couleur » (…) : mobiliser les militants, soutenir les associations civiles, l’opposition et les ONG, promouvoir les valeurs libérales, etc. », explique M. Chatilov.

D’après lui, il s’agit d’un schéma classique pour les Américains, déjà testé dans de nombreux pays. Ce scénario vise les territoires que les USA ont décidé de soumettre à leur « expérience de couleur ».

« Les USA font un coup double avec ces programmes : ils affrontent la Chine et promeuvent leur projet économique de Partenariat transpacifique. Le TPP nécessite une certaine ambiance politique, c’est-à-dire l’existence de gouvernements proaméricains dans la région. Les États-Unis tenteront de reconstruire la région selon leur propre modèle », a conclu l’expert.

Source: Sputniknews

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