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L’année des armes russes en Syrie

© Sputnik. Alexei Druzhinin

Le 30 septembre 2015, le Conseil de la Fédération (chambre haute du Parlement russe) donnait son feu vert à l’utilisation des forces armées russes à l’étranger sur la base du droit international. Un groupement des Forces aérospatiales russes s’était envolé le jour même pour rejoindre l’aérodrome de Khmeimim dans la province syrienne de Lattaquié.

Alors que Damas traversait des temps difficiles, Moscou a rapidement créé un contingent en Syrie à la demande du gouvernement du pays. Limité, il n’en est pas moins très efficace et protège depuis déjà 12 mois un État ami — la République arabe syrienne — ainsi que les intérêts nationaux de la Russie.

Les avions russes ont effectué plus de 15 000 vols de combat et détruit de nombreux sites d’infrastructure du mouvement terroriste Daech ( ou « État islamique », interdit en Russie ), ce qui a permis à l’armée syrienne de libérer des centaines de localités et d’engager un tournant dans sa lutte contre les djihadistes.

Indépendamment du bilan final du conflit syrien, l’opération des forces aériennes russes a déjà montré que la Russie était capable d’utiliser avec succès ses forces armées dans des régions éloignées du monde et d’influer efficacement sur la géopolitique. La Syrie reste un État souverain, égal en droits avec les autres membres de l’Onu. Et si la paix revenait un jour dans ce pays, les armes russes y seraient certainement pour beaucoup.

Des particularités tactiques

L’objectif de l’opération russe en Syrie est de soutenir les forces gouvernementales syriennes et de frapper l’infrastructure du groupe terroriste Daech. Le groupement aérien mixte de la Russie mène des opérations chirurgicales depuis le 30 septembre 2015 à un rythme de plus de 20 vols par jour. Et s’il fallait rapidement renverser la situation, ce nombre pourrait dépasser les 80 vols par jour: une prouesse impossible pour la coalition menée par les États-Unis.

Le 30 septembre 2 015, le monde a pu voir une petite partie des préparatifs titanesques menés par le président russe, les leaders de plusieurs pays du Moyen-Orient, les diplomates et les agents de renseignement, les centaines d’heures de négociations et de consultations à des niveaux différents résultant de l’élaboration des opérations par l’état-major général, d’une organisation efficace de la logistique et de corridors dans l’espace aérien international par le ministère russe de la Défense. Certains participants à ce jeu diplomatique ont probablement été surpris de voir à quel point les actions de la Russie étaient aussi réfléchies et coordonnées dans une région si explosive.

La Russie a réalisé beaucoup de premières au cours de ces 12 mois. Elle a montré l’efficacité de son groupe orbital de satellites de renseignement, réalisé un déploiement rapide mais discret de ses troupes dans une région éloignée, tout en utilisant des technologies modernes de combat. Les services de renseignement américains ont dû être surpris plus d’une fois.

L’armée russe a, pour la première fois au XXIe siècle, utilisé de manière ouverte, massive et efficace des armes de précision: les missiles de croisière Kalibr, des missiles de croisière air-sol, ainsi que des avions stratégiques portant des missiles et des bombes. Les Forces aérospatiales russes ont obtenu un soutien considérable de la part de l’escadre de la Méditerranée, des quatre flottes russes et de la flottille caspienne de la marine russe.

L’opération russe en Syrie a démontré les capacités des armes russes dans le contexte difficile du Moyen-Orient et confirmé le caractère réaliste du projet de modernisation des forces armées du président russe- qui implique un renouvellement de 70 % du matériel d’ici 2 020.

Le classement mondial des armées nationales Global Firepower 2 015 a placé la Russie en deuxième position après les États-Unis. L’Otan a également reconnu le rôle-clé de la Russie dans le règlement de la crise syrienne.

D’après la revue américaine Foreign Policy, « la Russie utilise la Syrie comme un polygone pour son armée modernisée. Ainsi, elle avertit les États-Unis et les autres puissances occidentales qu’elle a rétabli sa force militaire après des décennies de délabrement ».

Grâce à ce soutien aérien intensif, les forces syriennes ont lancé avec succès des offensives dans les provinces de Lattaquié, d’Alep, de Hama, de Homs et dans les banlieues de Damas, libéré Palmyre et d’autres sites importants. Daech a perdu 90 % de l’infrastructure pétrolière qu’elle occupait et des milliers de combattants de l’organisation ont fui vers l’Irak et la Jordanie voisins.

Un autre résultat de cette opération a été l’accord russo-syrien sur le déploiement permanent du groupe aérien russe dans la province de Lattaquié, ratifié le 9 août 2 016.

La Russie est revenue au Moyen-Orient pour longtemps, avec des projets transparents et des outils géopolitiques fiables.

Une barrière technologique

Par le passé, la stratégie des États-Unis et de l’Otan dans des dizaines de conflits militaires était assez répétitive: leurs ennemis étaient écrasés rapidement grâce à une suprématie militaire et technique absolue (garantie par l’aviation, les missiles de croisière, etc.).

Avant l’intervention russe, 11 États menaient des frappes sur le territoire syrien sans l’autorisation du gouvernement local ni l’aval de l’Onu — à l’image des États-Unis qui avaient lancé cette « mode » internationale.

L’histoire syrienne est moins tragique que celle de certains autre pays voisins grâce à la Russie, qui a créé une barrière de technologies de pointe contre toute agression étrangère.

Depuis un an, les actions du ministère russe de la Défense en Syrie sont suivies de près par les services de renseignement de l’Otan: nos partenaires étudient les capacités des armes russes en situation de combat. Début 2016, plusieurs avions de renseignement AWACS de l’Alliance se sont déplacés de l’Allemagne vers la Turquie. Ces appareils sont en mesure d’identifier des cibles à une distance jusqu’à 650 kilomètres et d’enclencher des armes en régime automatique. Comme leurs capacités sont manifestement démesurées par rapport aux besoins de la lutte contre Daech, ces avions de renseignement visent probablement le groupe aérien russe en Syrie.

Les technologies politiques des États-Unis au Moyen-Orient sont aussi ambiguës. Selon les généraux de la coalition américaine, ses avions frappaient les positions de Daech en Syrie mais les djihadistes se croyaient pratiquement invulnérables avant l’apparition de l’aviation russe.

Les Américains ne voulaient pas éliminer Daech mais plutôt l’utiliser pour faire chuter le président Bachar al-Assad et installer en Syrie un régime désirable. Il n’existe aucune autre explication à l’attitude des pilotes américains — qui prenaient soin d’éviter l’infrastructure pétrolière occupée par les terroristes. Des combattants du Front al-Nosra, qu’on n’arrive toujours pas à repousser hors d’Alep, parlent ouvertement de livraisons directes d’armes américaines.

Quand la Russie, l’Iran et la Syrie ont repris l’initiative au Moyen-Orient, cela a remis en cause la stratégie et l’influence de l’Occident dans la région. La Russie et ses alliés peu nombreux éliminent méticuleusement le chaos qui a été habilement créé par les États-Unis, ayant forcé plus de 4 millions de personnes à fuir dans des États voisins. La coordination entre les ministères de la Défense de plusieurs pays — y compris de la Russie — sur le théâtre des opérations syrien est une nouvelle réalité.

Bagdad accueille depuis septembre 2 015 un centre d’information quadripartite visant à recueillir, à traiter et à analyser des données régionales (dans le cadre de la lutte contre Daech), ainsi qu’à assurer la coopération entre les états-majors généraux de la Russie, de la Syrie, de l’Iran et de l’Irak.

Le président russe Vladimir Poutine a proposé en décembre 2 015 de créer un front anti-terroriste international sous l’égide de l’Onu. Malheureusement, les Nations unies sont toujours incapables d’élaborer une position consolidée sur le problème syrien.

La résistance occidentale

Les combattants de Daech ne sont probablement pas le problème principal auquel fait face la Russie en Syrie: l’Occident s’est avéré un troisième centre de force important.

Les approches russe et américaine de l’organisation d’opérations au Moyen-Orient diffèrent en principe par leur niveau de légitimité. L’ouverture et la légalité sont la pierre angulaire de la politique étrangère russe, même s’il s’agit de combats sur le territoire d’un pays étranger. Avant le lancement de son opération aérienne en Syrie, Moscou avait présenté au monde son mandat légitime, ses moyens militaires et ses objectifs à court et à moyen terme. En utilisant des armes conventionnelles en Syrie, la Russie n’a violé aucun principe du droit international ni aucune interdiction concernant certains types d’armes. Qui plus est, le ministère russe de la Défense — institution normalement très fermée — suivait en Syrie cette logique d’ouverture conformément à la politique de l’État.

Dès les premières semaines de l’intervention en Syrie, les forces aériennes russes ont ressenti une résistance plus ou moins visible de la coalition qui agissait hors du droit international. Washington a préféré ignorer l’appel russe à retirer ses avions de l’espace aérien syrien. Qui plus est, le Pentagone a débattu début octobre 2 015 de la nécessité de recourir à la force pour protéger les rebelles modérés contre la Russie, et quelles pourraient être les conséquences probables de ce choix.

Quant à elle, l’Arabie saoudite a demandé le 1er octobre 2 015 à l’Onu de faire cesser les frappes russes. Cette préoccupation était partagée par la France, l’Allemagne, le Qatar, la Turquie, la Grande Bretagne et les États-Unis.

Les nouvelles capacités russes et le caractère intensif des opérations aériennes en Syrie ont provoqué une résistance multiforme de la part de la coalition menée par les États-Unis. Des affrontements directs avec des avions américains et britanniques ont été évités grâce à un mémorandum commun sur la prévention des incidents. L’Occident a pourtant poussé Ankara à faire escalader la situation. Ainsi Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Otan, a déclaré le 7 octobre 2 015 que « si la Turquie décidait d’abattre un avion russe violant son espace aérien (…) cela serait considéré comme une action justifiée: l’Alliance soutient les autorités turques sur ce point ». Un an plus tard, les États-Unis et l’Otan qui tentaient de faire chuter le gouvernement légitime syrien à l’aide des djihadistes font actuellement face à la domination géopolitique de Moscou qui ne tolère pas le jeu double et la politique du « deux poids, deux mesures ». Personne ne doute plus de la résolution et de la fermeté russes.

L’accomplissement des objectifs fixés en Syrie a pris plus de temps que prévu mais la Russie a sans doute dépassé toute la coalition américain de 67 pays compte tenu de l’envergure de son action militaire et politique.

Une autre Russie

L’analyse de l’opération des forces aériennes russes par les médias étrangers mérite une mention particulière. Par exemple, le New York Times américain écrivait le 27 septembre: « La Russie n’a pas réussi à faire bouger le conflit syrien du point mort. (…) Elle n’a eu aucune influence stratégique réelle sur la situation. (…) L’intervention russe n’a pas rapproché le gouvernement de Bachar al-Assad de la victoire ».

Le journal soulignait pourtant en février dernier que « les succès militaires de la Russie avaient fait de l’ombre à la « diplomatie américaine ». Et d’ajouter: « L’opération des forces aériennes russes en Syrie s’est avérée très efficace, ce qui a mis les États-Unis dans une situation difficile. Il est désormais clair qu’une résolution militaire du conflit syrien est possible et qu’elle n’appartient pas aux USA mais à la Russie. Dans ce contexte le secrétaire d’État John Kerry n’a pratiquement plus aucun levier d’influence pour lancer un processus de règlement avantageux pour la coalition. C’est pourquoi il a été contraint de renoncer à l’idée d’une démission immédiate de Bachar al-Assad et de s’occuper de problèmes humanitaires plus pressants ».

« Les Russes ont coupé de nombreux canaux utilisés par la CIA pour livrer des armes aux rebelles syriens », remarquait le New York Times en février.

Selon l’agence chinoise Xinhua, « les actions de la coalition menée par les États-Unis ne mènent à aucun succès réel depuis plus d’un an. Dès que la Russie s’est mise à bombarder Daech en coopération avec les forces gouvernementales syriennes, son aviation a causé des dégâts considérables à l’organisation terroriste ».

La revue The Week est du même avis: « Les régimes locaux considèrent la Russie comme un acteur influent qui (…) mérite plus de confiance que les États-Unis ». Le quotidien français Le Monde affirme: « Il apparaît de plus en plus que le Kremlin poursuit ses propres objectifs de guerre en Syrie, qui vont bien au-delà du simple soutien au régime d’al-Assad (…) Ce sont les militaires russes, en coordination avec les  » conseillers  » iraniens, qui décident en premier chef (…) Le président russe a parfaitement compris que le retrait ostensible des États-Unis hors du Moyen-Orient lui offrait le privilège de restaurer, à partir de cette région, le statut de superpuissance disparu avec l’URSS ».

Comme si la Russie n’a pas assez de possibilités de prouver son statut évident dans n’importe quel autre endroit du monde… Le quotidien libanais An Nahar constate:

« En septembre 2015 l’objectif principal de la Russie était le sauvetage du régime politique syrien. (…) L’intervention militaire russe a permis à l’armée syrienne de passer de la défensive à l’offensive. Aujourd’hui elle assiège Alep, ce qui témoigne d’un changement du rapport de forces. (…) Après avoir analysé les accomplissements de la Russie en un an de participation au conflit, les Américains ont conclu qu’elle était devenue la force principale sur l’arène syrienne. (…) Il ne fait plus aucun doute que la Russie actuelle diffère considérablement de la Russie du 30 septembre 2 015 ».

Dans ce contexte géopolitique très compliqué, les autorités russes ont proposé et mis en œuvre avec leurs partenaires tout un système de mesures de règlement de crise. Quant aux leaders de la coalition américaine, ils disaient une chose mais en planifiaient une autre (sans parler de ce qu’ils faisaient…).

Bien qu’aucune force militaire extérieure ne soit en mesure de régler les problèmes intérieurs d’un pays, l’opération des forces aériennes russes est un exemple de correction musclée et positive.

Source : Sputniknews

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