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Pourquoi Jean-Marc Ayrault a-t-il parlé de «guerre»?

© AFP 2016 Matthieu Alexandre

«Il n’est pas trop tard pour un sursaut». Ce matin au micro d’Europe 1, Jean Marc Ayrault a lancé un appel à Vladimir Poutine, qu’il appelle à «prendre ses responsabilités», et aux Russes avant qu’ils ne finissent «par payer les conséquences politiques et morales» de leurs actes. La Russie «qui finira par être déstabilisée» par le terrorisme.

La Russie fabriquerait-elle des terroristes en Syrie? C’est ce qui pourrait ressortir de l’interview du ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault ce matin au micro d’Europe1.

Interrogé par Thomas Sotto sur la situation en Syrie, le ministre des Affaires étrangères et ancien premier ministre… a encore durci son discours vis-à-vis de la Syrie, mais aussi et surtout à l’encontre de la Russie, appelant le pays à prendre d’urgence ses responsabilités dans la crise.

Il souhaite notamment que Moscou se joigne aux autres membres permanents du Conseil de Sécurité pour signer une résolution qui vise à « condamner les bombardements d’Alep et l’utilisation des armes chimiques. »

Face à lui, dès le début de l’interview, Thomas Sotto sonne la charge :

« « C’est pire que dans un abattoir » a dit Ban Ki-Moon, « Pire que dans un abattoir », mais alors l’ONU, la France, vous : vous servez à quoi ? »

S’ensuit une série de questions qui pourraient laisser à penser — à tout auditeur quelque peu averti sur la question — que le journaliste en présence souffrirait d’un léger tropisme antirusse. Une série de questions dont nous vous proposons ici un florilège :

« Donc Vladimir Poutine se rend coupable de crimes de guerre en ce moment? […] Une résolution Jean-Marc Ayrault… ça se discute entre personnes de bonne volonté, entre gens civilisés, la Russie qui a un droit de veto s’en moque des résolutions […] Les bombes au phosphore, vous avez confirmation aussi ? Les bombes au phosphore qu’utilisent les Russes […] Les Russes et les Syriens sont en train de fabriquer les djihadistes de demain ? […] Je vous la repose la question car vous ne m’avez pas répondu tout à l’heure: est-ce que Vladimir Poutine est en train de se rendre coupable de crimes de guerre ? »

Sous la pression du journaliste de plus en plus véhément, Jean-Marc Ayrault, interrogé sur l’issue du processus de Vienne, finit par s’emporter:

– Thomas Sotto :

« Il devait mener à la fin du combat, à l’aide humanitaire et à la transition politique en Syrie — là, les Russes ont été bien élevés, ils ont signé — le bilan un an plus tard : c’est l’enfer. »

– Jean-Marc Ayrault :

« Oui ! C’est ce que je dénonce… mais c’est quoi l’autre option ? C’est de se faire la guerre ? »

Des déclarations sarcastiques ? Va-t-en-guerre ? Si on les met en perspective avec celles du représentant permanent de la France au Conseil de sécurité de l’Onu — lorsqu’il comparait dimanche dernier la ville d’Alep à Sarajevo, ou encore Guernica — Jean-Marc Ayrault semble franchir une étape supplémentaire dans l’escalade verbale. Traduirait-elle une intention française d’intervenir en Syrie malgré le camouflet d’Obama en 2013 ? Le camouflet d’une Amérique aujourd’hui concentrée sur la campagne électorale. Nous avons interrogé Gérald Arboit, spécialiste des relations internationales contemporaines et directeur de recherches au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R):

« Si on reprend Sarajevo, si on reprend Guernica : qu’ont fait les « Nations unies »? Rien ! Qu’a fait la France ? Rien ! C’est sûr on était en place, on a agi, mais la solution en ex-Yougoslavie n’est venue qu’avec l’intervention des Etats-Unis — et il a fallu six mois pour qu’on arrive aux accords de Dayton. Pour Guernica, il a fallu 6 ans de guerre et l’intervention des Etats-Unis et de l’Union Soviétique pour que la question soit solutionnée… et encore Franco n’est parti qu’en 1975… lorsqu’il est mort.

Là on est simplement dans un grand n’importe quoi, la France est en campagne électorale, on a un Président sortant qui se présente que comme un Président de guerre — c’est pour faire oublier tout ce qu’il a raté sur le plan intérieur, il essaie de se trouver une légitimité extérieure — mais en mais ce n’est que du vent : on n’a pas les moyens militaires de faire quoi que ce soit ! »

Pour autant Gérald Arboit semble penser que la tentation existe :

« L’homme politique — ou la femme — qui mettra fin à la guerre civile en Syrie aura une réputation internationale énorme. Imaginons que le président français réussisse là où tous les autres ont échoué : on est reparti pour cinq ans avec lui ! »

«. Vous voulez dire que faire tomber Bachar al-Assad pourrait octroyer à François Hollande suffisamment de crédit politique — aussi bien sur la scène internationale que nationale — pour lui permettre de remporter les élections de 2017 ? »

« Il est arrivé au pouvoir en disant « Tout sauf Bachar ! » L’Histoire lui donne tort, puisque Bachar est encore là. Bachar est un interlocuteur de la résolution de la crise, qu’on le veuille ou non — c’est une autre question —… la France non. »

Là encore les faits sont têtus : s’exprimant devant la 71ème Assemblée générale de l’Onu — fort de son prix de l’homme d’État de l’année décerné pour « son leadership dans la sauvegarde de la démocratie et de la liberté », François Hollande déclare :

« Eh bien, je n’ai qu’un seul mot à dire: ça suffit. Comme en février dernier, le cessez-le-feu n’aura tenu que quelques jours. Il aura volé en éclats dès le lendemain de son annonce, sans que l’on n’en connaisse d’ailleurs le contenu. »

Sans que le président de la République en connaisse le contenu, corrige Gérald Arboit :

« Mais on n’est pas dans la boucle, la France n’est plus une grande puissance depuis la fin de la seconde guerre mondiale : on a vécu sur l’idée qu’on était encore une grande puissance mais on est devenu une puissance moyenne pendant la IVème et la Vème République et aujourd’hui on n’est plus crédible nulle part. On a un siège au Conseil de Sécurité c’est clair, mais notre diplomatie… on nous rit au nez. »

Depuis le début du conflit en Syrie, les positions françaises et russes ne semblent jamais avoir été aussi éloignées, malgré un rapprochement relatif après les attentats de novembre. Il est certain que le futur président de la République devra afficher une politique étrangère plus favorable à la stabilité de la région, ainsi qu’une volonté de collaborer d’avantage avec l’ensemble des acteurs régionaux.

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur.

Source : Sputniknews

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