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La Françafrique, version socialiste, plie-t-elle ses derniers bagages?

Il y a cinq années, la communauté congolaise dans son ensemble saluait la défaite de Nicolas Sarkozy. Déjà, à cette occasion, la France avait connu un vote « Noir » massif, et particulièrement « franco-congolais », contre le représentant de la Droite.

Pourtant ce dernier n’avait jamais cessé de rappeler à Denis Sassou Nguesso, depuis la reconnaissance de son élection en juillet 2009, que c’était son dernier mandat à la présidence du Congo. Si Nicolas Sarkozy avait été réélu en 2012, au lieu de François Hollande, il est clair que notre pays n’aurait jamais connu la crise dramatique qu’il traverse actuellement et Denis Sassou Nguesso coulerait peut-être des jours d’une retraite tranquille à Marbella ou à Rabat en compagnie de son épouse Antoinette.

Ce quinquennat qui s’achève, du président socialiste français, a été marqué par l’indécente proximité des femmes et des hommes, de son pouvoir, avec le dictateur congolais. Certains parmi eux avaient fait d’Oyo, un quasi lieu de résidence secondaire tant ils y étaient vus fréquemment ; tout motif était bon. Jean-Yves Le Drian, que l’on n’y aperçoit plus depuis un bon bout de temps, avait même avoué : « Avec la Françafrique, j’ai flirté mais je n’ai pas couché ! » Yamina Benguigui, en perdant son maroquin ministériel, a tout de même conservé une amitié très chère avec le tyran de Brazzaville. Elle assistait, il y a quelques semaines encore, au simulacre d’évènement du Fonds Bleu organisé, à Oyo, par la Fondation Brazzaville de Jean-Yves OLLIVIER.

Jean Louis Borloo, sans être étiqueté de Gauche et sans fonction officielle durant ce dernier quinquennat, a rivalisé avec cette dernière ex-ministre française dans la constance de la relation et de la proximité avec l’usurpateur congolais. Il en était tellement proche que « Sa fondation pour l’Afrique a trouvé refuge dans des locaux de l’Elysée… »[i] Denis Sassou Nguesso ne pouvait trouver de meilleur lobbyiste qui partageait son temps entre Oyo (Congo Brazzaville) et l’Elysée qu’il fallait convaincre pour le Référendum anticonstitutionnel d’octobre 2015.

hollande-et-sassou

Sans aller jusqu’à Oyo au cœur de la forêt équatoriale congolaise, d’autres sont allés aussi loin, sinon plus, sans sortir du 8ème arrondissement de Paris. La rencontre de Manuel Valls, alors 1er Ministre de la France le 7 juillet 2015, avec le dictatueur congolais dans son appartement de l’Hôtel Shangri-la Paris, avec accolade et serrement de mains appuyés, a été immortalisée par une photo devenue le symbole de la trahison de tous les engagements qu’avaient pris les leaders de la Gauche tout au long des dix dernières années, durant lesquelles ils n’avaient pas été au pouvoir. Plus tard, personne n’a vraiment voulu s’étonner de la proximité de son épouse avec la Fondation Brazzaville, déjà citée, et le Sud-africain marchand d’armes (armes qui tuent actuellement dans le Pool au Congo) pour le financement des tournées de son orchestre… De nombreux journaux étrangers s’étaient montrés surpris du silence de la presse française dans pareille affaire. Dans le dernier succès de librairie « Place Beauvau », d’Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé, que les sous-informés et mal-informés chroniques français s’arrachent en librairie, les auteurs se gardent bien de citer les noms du marchand d’armes Ichikowitz et de Jean Yves Ollivier, président de la Fondation de Brazzaville, « l’homme de confiance du président congolais Denis Sassou Nguesso, un ancien de la Françafrique décoré en catimini de la Légion d’Honneur par Manuel Valls. » (Jacques Chirac, dont il était très proche, ne l’avait pas fait et, semble-t-il, ce n’était pas un oubli.)

Curieux ces auteurs qui, dans une affaire qui relève du domaine privé, citent le nom de Dominique Strauss Kahn interpellé dans le bois de Boulogne à Paris dans une camionnette en compagnie de deux travestis et qui n’osent en faire autant avec celui que certaines figures de proue de l’opposition congolaise désignent comme le véritable « patron » du Congo Brazzaville[ii]. Quant à dire que c’est un « ancien de la Françafrique » cela ne peut  constituer qu’une référence à son âge, Jean-Yves Ollivier avec Denis Sassou Nguesso forment le tandem leader, toujours actif, de la « bête immonde » qui maintient encore la plus grande partie francophone du continent dans le sous-développement ; sans parler des casseroles pétrolières sur lesquelles s’activent les enquêteurs de la SEC (Securities and Exchange Commission) à Wall Street…

Sans jamais être allée à Oyo aussi, Elisabeth Guigou, n’a jamais été prise en flagrant délit de « soupçon françafricain »[iii] d’une quelconque rencontre avec le président congolais. Par contre son époux, l’économiste Jean-Louis Guigou proche jadis du dictateur tunisien Ben ALI, s’est toujours montré friand client, par sa présence, aux forums toujours bidons organisés par des Richard Attias ou Lucien Ebata. Il y apportait sa contribution aussi comme président de l’IPEMED, une fondation-think tank qu’il a créée en mai 2015 avec le soutien de l’Union africaine, de la Ligue arabe et de la Commission européenne. L’ex-Garde des sceaux, députée de la Seine-Saint Denis et présidente de la Commission des Affaires étrangères s’est toujours refusée de recevoir des représentants de l’opposition congolaise malgré des demandes insistantes…  Joli couple. Très joli tandem aussi… !

Ex-Garde des Sceaux également, Christiane Taubira dont la nomination Place Vendôme avait comblé de joie le vieux tyran, n’a pas succombé à la tentation de Brazzaville qui la saisissait, autrefois, de temps en temps ; comme ce 15 juillet 2005 pour assister à un concours de Miss Fespam et rencontrer, le déjà dictatueur, Denis Sassou Nguesso le lendemain.

Aussi Anne Hidalgo, Maire de Paris, avait assisté à l’inauguration des Jeux Africains le 4 septembre 2015 à Brazzaville. Le lendemain elle avait été reçue par le parrain de la Françafrique, un rendez-vous organisé par Hugues Ngouelendélé, gendre et maire de Brazzaville ; quelques semaines à peine avant que François Hollande ne change sa position sur le référendum pour l’adoption de la nouvelle Constitution congolaise ; le seul que l’Elysée n’ait pas condamné… !

Pour ne pas faire de jaloux ou de jalouse, le 15 mars 2016, Denis Sassou Nguesso recevait à Brazzaville dans le secret le plus total, au motif de la COP 21, Ségolène Royal arrivée de Kinshasa par hélicoptère et reparti par la même voie, une ou deux heures plus tard, sans qu’aucune photo n’ait été prise.

Tout cela pourrait prêter à sourire si l’on ne connait la stratégie de l’homme qui s’est installé à la tête du Congo depuis les assassinats de Mars 1977 : l’appauvrissement de la population par l’accaparement de toutes les richesses, le maintien à la tête de l’Etat par la corruption de tous ceux qui pourraient permettre son maintien au pouvoir ou de neutraliser, toujours par la corruption, ceux qui pourraient s’y opposer. En vérité les corrompus qui se sont ralliés à la cause du maintien de Sassou Nguesso figureront un jour dans les livres d’histoire de l’Education nationale congolaise ; preuves à l’appui… !

Dans une déclaration ambigüe, Denis Sassou Nguesso avait demandé aux Congolais de se rappeler le goût du sang qu’il semble très bien connaître. Ceux qui ne l’ont pas eu encore sur le bout de la langue, n’ignorent pas au moins, depuis son retour au pouvoir avec les souffrances qu’il leur inflige, la saveur salée des larmes versées. Des hommes, des femmes, des enfants, de tous horizons, ses militaires, et ceux qu’ils combattent, Congolais comme eux, meurent chaque jour par sa faute ; parce qu’il veut rester le président du Congo à tout prix et aussi parce que Paris lui avait donné sa bénédiction.

La crise que traverse actuellement le Congo est la plus profonde qu’il n’ait jamais connue avec les années de guerres civiles 1997-1998 (Gouvernement de Lionel Jospin alors en France).

Vivement que le prochain locataire de l’Elysée inaugure une nouvelle politique ! De toute manière, concernant le Congo-Brazzaville, ce sera très difficile de faire pire !

Rigobert OSSEBI

[i] « Bienvenue Place Beauvau » d’Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé

[ii]  Au tout début de l’année 2010, fort de l’accord de principe du FMI pour le programme PPTE, Denis Sassou Nguesso avait accepté d’en finir à l’amiable avec un créancier extérieur particulièrement virulent. Quelques semaines plus tard à Windhoek en Namibie devant un groupe d’amis, Antoinette Sassou Nguesso s’en était réjouie en louant la sage décision de son époux. Jean-Yves Ollivier qui était présent lui répondit : « Il n’en est pas question. Ce type nous a posé trop de problèmes ! » La puissante épouse du chef de l’Etat congolais a alors bataillé verbalement pour convaincre du contraire l’homme de l’ombre. Au bout d’une demi-heure de palabres, Ollivier céda d’un : « d’accord, mais il devra passer par moi ! » Le créancier en fut informé. Jamais il n’a pu alors entrer en contact avec lui… Pour le plus grand plaisir de Denis Sassou Nguesso qui ne cessa de subir ses assauts ?

[iii] Le « soupçon françafricain » existe dès lors que le détenteur d’une autorité quelconque se trouve face à face avec Sassou Nguesso ou accessoirement avec l’un des proches membres de sa famille. La corruption est au cœur du pouvoir du dictateur congolais qui consacre une part importante des 30 milliards de dollars qui ont été détournés ces 20 dernières années pour acheter les soutiens dont il a besoin ou, pour le moins, afin de neutraliser toute velléité de nuisance.

Source: Congo-liberty

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