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Présidentielle : «Eloquente illustration du désaveu des partis traditionnels»

Les supporters de François Fillon/© Eric Gaillard Source: Reuters

Le premier tour de la présidentielle montre à quel point la population est déçue par les deux grands partis de gouvernement qui ont alterné au pouvoir en France depuis des décennies, affirme Dominique Jamet, vice-président de Debout la France.

RT France : Que pensez-vous des résultats du premier tour de cette élection présidentielle ?

Dominique Jamet (D.J.) : Cette élection présidentielle tient, d’une certaine manière, les promesses qu’avait faites la campagne et que prédisaient les sondages. De loin, l’élément le plus important que l’on peut constater ce soir, c’est le désaveu des deux grands partis de gouvernement qui ont alterné au pouvoir en France depuis des décennies. J’ignore comment les représentants de ces partis vont réagir, je ne suis pas à leur place, mais ce qui reste flagrant, c’est qu’ils sont désavoués. On peut considérer que dès ce soir, dès le premier tour, le prochain président de la République française est connu. C’est Emmanuel Macron, il n’y a aucun doute là-dessus. Mais ce que l’on peut redouter, c’est que les quatre premiers candidats ont en commun d’être soutenus par près d’1/5e de l’électorat. C’est donc sur cela que le prochain président pourra s’appuyer dès le départ, car si il est élu – et il le sera vraisemblablement dans quinze jours – il sera élu par des gens qui dans leur écrasante majorité ne l’ont pas choisi au premier tour et votent pour lui par défaut. On retrouve une situation que l’on a déjà connue. Il faudra qu’Emmanuel Macron soit un sacrément bon président pour faire oublier cette tradition, et pour rassembler autour de lui le peuple français dans sa majorité. Cela représente d’ailleurs le deuxième, ou le troisième point que l’on aimerait retenir ce soir : ce sont les législatives qui seront des élections importantes. Nous avons un favori qui de toute apparence sera élu le 7 mai avec quelque chose comme 60 à 65% des voix, ce qui n’est pas mal, mais c’est un président qui n’aura pas de majorité.

Si Macron n’arrive pas à séduire les Français, s’il gouverne la France comme ses prédécesseurs l’ont fait, on peut s’attendre à ce que la fois prochaine, ce soit le tour du Front national

RT France : Grâce à quels partis obtiendrait-t-il ces 60% ?

D. J. : Mais c’est très simple ! Marine le Pen qui est qualifiée en second peut probablement ajouter à ses 22%, une moitié des voix des Républicains et quelques voix venues d’ailleurs. Elle peut sans peine en grappiller par-ci par-là, de quoi passer à 35%. Mathématiquement parlant, Emmanuel Macron peut d’ores et compter sur l’appel du dirigeant des Républicains, sur le désistement du Parti socialiste, il ne lui manque pour l’instant que les voix de Monsieur Mélenchon, et devrait donc parvenir à un score de 60-65%.

RT France : Vous ne croyez donc nullement à l’élection de Marine le Pen ?

D. J. : En aucun cas. C’est impossible. Cependant, je constate que ce que nous avons eu en 2002 avait été une énorme surprise, un coup de tonnerre ! Jean-Marie le Pen avait recueilli 16% des voix au premier tour et 18% au second. Au regard de ce rappel, Marine le Pen a tout de même recueilli 22% au premier tour et elle peut compter sur 35% au second tour. Si Macron n’arrive pas à séduire les Français, s’il gouverne la France comme ses prédécesseurs l’ont fait, on peut s’attendre à ce que la fois prochaine, ce soit le tour du Front national.

Emmanuel Macron correspond tout à fait à cette jeune génération de Français qui ne rêvent que de start-up, d’enrichissement, qui sont profondément matérialistes, profondément mondialistes, profondément embringués dans une civilisation marchande

RT France : Pouvez-vous expliquer la victoire d’Emmanuel Macron ?

D. J. : Certainement ! Elle est la contrepartie, l’éloquente illustration du désaveu des partis traditionnels. En France, comme dans beaucoup d’autres pays d’ailleurs, avoir été président, avoir été Premier ministre, s’appuyer sur un parti de gouvernement, c’était un atout. On constate maintenant que c’est devenu un handicap, que tous les gens qui se présentaient ou qui, comme dans le cas de François Hollande, pouvaient se présenter, ont été balayés. C’était donc le premier atout de Macron qui doit sa chance au discrédit qui frappe ses prédécesseurs, mais aussi au programme de modernité qu’il a proposé, à savoir de nouvelles façons de vivre et de se développer, une plus grande attention aux nouvelles technologies. Etant jeune lui-même, il a séduit. Ce qui est très intéressant, c’est que l’on puisse penser que si la campagne, au lieu de se terminer avant-hier, avait duré encore un mois ou deux, le vide des propositions de Macron serait devenu de plus en plus manifeste. Elle s’est donc terminée juste à temps pour qu’on en garde une image aimable et séduisante, ainsi que l’affirmation d’une grande modernité. Ce qui est d’ores et déjà tout à fait significatif, chez les Français qui sont partis s’installer aux USA, Macron a fait un malheur : il y a recueilli 45% des voix ! Il correspond tout à fait à cette jeune génération de Français qui ne rêvent que de start-up, d’enrichissement, qui sont profondément matérialistes, profondément mondialistes, profondément embringués dans une civilisation marchande dont rêve quelqu’un comme Emmanuel Macron. Ça veut dire ce que ça veut dire. Ceci étant, un véritable point d’interrogation demeure et c’est une théorie personnelle. Emmanuel Macron, qui a trahi ceux qui l’avaient nommé au gouvernement, qui a rassemblé autour de lui, sur une espèce d’engouement prodigieux, un grand nombre de cadres de la vie politique et puis, désormais, d’électeurs, est loin d’être quelqu’un que la loyauté et les convictions étoufferaient. Je pense que c’est quelqu’un qui mène une aventure personnelle avec une audace qu’il faut saluer et une ambition immense. En d’autres termes, je pense qu’il se moque comme de sa dernière chemise des bases sur lesquelles il a été élu et que, de fait, nous aurons un président tout à fait imprévisible. Je crois qu’il aurait tendance à verser dans le bonapartisme. Avec tout ce que cela représente de dangereux et de séduisant, il me semble que c’est quelqu’un qui rêve d’être un nouveau Bonaparte, de refonder la société, de laisser une trace dans l’Histoire. De ce point de vue, il faut quand même reconnaître que Macron a fait preuve d’une audace qu’aucun homme politique français n’avait eu depuis des décennies : partir de rien, quitter le gouvernement, créer un mouvement, se lancer dans la course à la présidentielle. Il a fait preuve d’une détermination extraordinaire qui a trouvé sa récompense. Avec lui on peut donc s’attendre au pire comme au meilleur. Rien dans son passé, rien dans les appuis qu’il a pu recueillir n’éclaire la ligne qui sera la sienne. J’ajouterais, pour terminer, que parlant au nom de Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan, je considère que son résultat modeste mais concret avec 5% des voix, le fait définitivement sortir de la cour des petits, pour entrer définitivement, je l’espère, celle des grands.

Lire aussi : 15 ans après, le pari de longue haleine du FN va-t-il porter ses fruits ?

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Dominique Jamet

Dominique Jamet est vice-président de Debout la France, journaliste et écrivain. Chroniqueur pour Marianne, ancien directeur de la Bibliothèque nationale de France (BNF), il a publié chez Flammarion deux récits autobiographiques, Un petit Parisien (2000) et Notre après-guerre (2003).

Source: RT France

Notre commentaire

A quoi servent donc finalement les primaires en France? Les français refusent-ils désormais la politique spectacle?

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