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Armée: le gouvernement sacrifie l’avenir pour gérer le présent

© REUTERS/ Arnold Jerocki

La ministre des armées, Florence Parly, a assuré que les 850 millions de coupe dans les crédits seraient sans conséquence sur les opérations militaires en cours, le tout grâce à des reports de projet d’équipements. Une promesse qui paraît plus difficilement tenable au vu de l’aggravation de conditions d’exercice du métier militaire.

Florence Parly, ministre des Armées, s’est exprimée sur les coupes budgétaires imposées à son ministère par Bercy. Si la nouvelle locataire de l’hôtel de Brienne dit que ce n’est pas dans son habitude d’alimenter les polémiques, on peut dire qu’elle s’est particulièrement fait désirer sur le dossier- ou autrement dit- fait remarquer par son silence. Une situation dont s’est amusé Bruno Jeudy, rédacteur en chef politique à Paris Match: «j’ai presque envie de lancer une alerte-enlèvement» avait-il déclaré sur le plateau de BFMTV. Nous étions mercredi matin, quelques heures à peine après l’annonce de la démission fracassante du général de Villiers.

DIRECT. Aucune réaction de la ministre de la Défense: « j’ai presque envie de lancer une alerte-enlèvement » dit

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Son intervention était particulièrement attendue, elle est pourtant passée quasi inaperçue dans le tumulte de l’orage médiatique, car de fait, elle n’apporte pas grand-chose de nouveau par rapport à la ligne tenue par le président de la République, bien au contraire. Sur le plateau de TF1, Florence Parly, promet, tout sourire, un «budget exceptionnel» pour l’année 2018, alors qu’elle est questionnée par Julien Arnaud sur les postes de dépenses qui seront rognés.

Florence Parly déclare s’engager «à ce qu’il n’y ait pas d’impact pour le quotidien de nos armées en 2017 » et « pour qu’il n’y ait pas d’impact pour nos les forces opérationnelles», le tout grâce à des «lissages» dans les «paiements» ou «livraisons de programmes d’équipement de long terme». Des lissages sur lesquels la Direction Générale de l’Armement (DGA) plancherait. Une situation qui étonne le général de brigade aérienne (2 s) Jean-Vincent Brisset, qui souligne que la DGA est toujours dans l’attente d’un nouveau directeur «sans doute plus souple», depuis que l’ingénieur général Laurent Collet-Billon, n’a pas été maintenu au 1er juillet.

«On va donc prioriser les dépenses opérationnelles au quotidien […], mais cela veut dire aussi qu’on reconnaît que l’on va saboter le déroulement des programmes futurs. Cela veut dire que pour assurer le quotidien où va obérer gravement le futur, car faire glisser les programmes ça consiste à les rendre moins opérationnels, plus chers. On dit souvent que « gouverner c’est prévoir », là on est vraiment dans le contraire, on est vraiment dans la gestion à la petite semaine pour tenter de calmer une polémique qui a vraiment lieu d’être.»

Conséquences de cette annonce, pour le général, les équipements qui font aujourd’hui cruellement défaut aux soldats en opération ne seront —pour une année de plus- pas remplacés. Une situation qui tend à perdurer, tant est si bien qu’il est de notoriété publique que les hommes servent sur des matériels ayant plus de deux fois leur âge. Une situation de désuétude aggravée par les conditions d’opération, qui usent le matériel bien plus rapidement.

Fin 2015, dans un rapport, les députés Marie Récalde (PS) et Alain Marty (LR) tiraient la sonnette d’alarme concernant la surexploitation du matériel dans des opérations extérieures toujours plus nombreuses. Ainsi, dans le cadre du VAB (Véhicule de l’avant blindée), les députés relèvent une usure au Mali près de 200 fois plus élevée qu’en métropole. Pour le général Jean-Vincent Brisset, «il y a longtemps que la défense est une variable d’ajustement.»

Tenant à se montrer rassurante, la ministre des Armées promet ainsi une hausse de 1,8 milliard du budget de Balard pour 2018. Un chiffre qui n’a pas échappé à notre expert, qui souligne que cela ne fait que correspondre à la loi de programmation militaire « on est vraiment dans de la communication insincère ». Rien de neuf donc, comme les 2% du PIB consacrés à la Défense, une obligation fixée par l’OTAN à tous ses membres et qui «figurait déjà dans l’article 6 de la loi de programmation militaire de décembre 2013» —comme le souligne Challenge en septembre dernier.

Si on regarde de plus près les précédentes enveloppes annoncées, fin avril 2015 François Hollande promettait après les attentats de Paris une rallonge de 3,8 milliards d’euros étalée comme suit «Pour les années 2016 et 2017, ce sont ainsi 600 millions et 700 millions d’euros qui sont respectivement accordés, pour passer ensuite à 1 milliard en 2018 et à 1,5 milliard en 2019.» comme l’expliquait alors Le Monde.

Si on applique donc les 1 milliard d’euros de budget supplémentaire initialement annoncés (dès 2015) pour 2018 auxquels on ajoute les 800 millions de coupe (qui remplacent donc les 700 millions supplémentaires promis) on obtient bien 1,8 milliard d’euros.

Florence Parly joue donc pleinement sur les effets d’annonce, mais la réalité du terrain ne saurait s’en satisfaire, comme en témoigne cet ancien officier de l’armée de Terre:

«On en est là à ne plus pouvoir s’entraîner, à ne plus pouvoir voler, ne plus pouvoir tirer ou en tout cas plus suffisamment pour pouvoir être entraîné. Vous partez en opération avec des gens qui sont sous-entraînés».

On ne parle donc pas que de matériels à remplacer, comme le souligne Laurent Henninger, historien de la Défense, c’est le quotidien des militaires qui est affecté «Les militaires sont des Français comme les autres et eux aussi, ont des problèmes de loyer à payer, de notes de gaz et d’électricité», dépeignant «un chaos catastrophique» pas uniquement imputable au fameux logiciel Louvois.

Une paie qui a un rôle d’autant plus déterminant qu’ils sont appelés à, comme le rappelait le président depuis la base aérienne 125 d’Istres, «il ne s’agit pas d’un ministère comme les autres, parce que des vies sont engagées au quotidien». «À un moment donné, c’est normal de demander à l’armée d’être un peu spartiate, mais il y a des limites. Et là, je pense qu’on a très, très largement passé les limites», souligne notre ancien officier.

Jean-Vincent Brisset, dépeint pour sa part une «double fracture entre l’armée et le politique» à travers plusieurs problèmes majeurs qui coexistent: premièrement les conséquences «des problèmes de gestion financière, avec des budgets insincères auxquels des gouverneurs actuels ont participé quand ils étaient ministres des gouvernements précédents» auxquels s’ajoutent une «crise d’autoritarisme» de la part du président. Mais le problème le plus grave est sans doute une méconnaissance des «réalités opérationnelles» de l’armée.

Une méconnaissance qui a des conséquences graves tant et si bien qu’on en arrive à un stade ou le divorce entre l’armée et «les cols blancs», comme le dit notre jeune officier, semble sur le point d’être consommé. En effet, les militaires témoignent à l’unisson d’une méconnaissance flagrante des dossiers et surtout du monde militaire de la part des technocrates.

Ces derniers mettent un point d’honneur à expliquer la nécessité d’être solidaires de nos partenaires européens et de réaliser des économies de «solidarité nationale et gouvernementale», dixit Florence Parly pour remédier aux «impasses budgétaires». De la solidarité avec les militaires engagés en OPEX, pas un mot en revanche. L’ex-officier confirme:

«De l’officier au militaire du rang, il y a une certaine frustration qui se met en place. On le voit tous les jours, quand on voit des militaires du rang avec des salaires qui sont relativement bas pour la France, qui doivent s’acheter leurs propres équipements sur des sites Internet qui sont spécialisés pour pouvoir partir en opération, avec du matériel convenable, c’est scandaleux.»

Va-t-on donc vers un réel divorce entre l’armée et l’exécutif? pour Laurent Henninger, historien de la Défense, on n’en est pas loin:

«S’il ne l’est pas encore, il est proche de l’être. Les militaires sont des gens qui sont très sensibles aux symboles. Ils ont été très sensibles aux gestes symboliques de Macron qui les a caressés dans le sens du poil pendant les premiers temps, qui venaient faire des visites en étant jeune et fringant, en portant l’habit de sous-marinier ou de pilote de chasse, qui venaient rendre visite aux blessés dans les hôpitaux militaires. Ils ont été très sensibles à ça, à mon avis, un peu trop d’ailleurs. Là c’est à la fois un symbole et quelque chose qui n’est pas symbolique du tout qui est très réel. Ils y ont été très sensibles aussi.»

Après les symboles, retour au réel, donc, et le réel est avant tout comptable pour notre gouvernement, pétri de solidarité budgétaire européenne, plus que de solidarité avec les troupes engagées dans la lutte contre le terrorisme islamique, de l’Afrique au Moyen-Orient, en passant par notre sol.

Source: Sputnik News – France

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