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Le parti ZANU-PF du Zimbabwe limoge Robert MUGABE, grand leader africain ayant conduit son pays à l’indépendance

Suite à ce qui apparait désormais comme un coup d’Etat « feutré » perpétré par les militaires et sans doute initié par l’ex-vice-président Emmerson Mnangagwa limogé ce mois-ci par Robert MUGABE, le parti ZANU-PF du Zimbabwe a planifié une réunion d’urgence qui a eu pour but principal de limoger le chef du parti, président de la République non encore démissionnaire, Robert Mugabe, ce dimanche 19 novembre 2017.

Sa femme Grace MUGABE qui voulait semble-t-il succéder à son mari à la présidence de la République selon les dires des officiers de l’Armée, jugée impopulaire, s’appuyant sur un groupe politique nommé le G40, une branche interne de l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF) non conforme à la révolution, démantelée par l’Armée en arrêtant ses membres dont les leaders de la Ligue de la jeunesse, que les militaires accusent d’être des « criminels », a également été démise de ses fonctions de chef de la Ligue des femmes de la ZANU-PF.

Grace MUGABE et militaire

Grace MUGABE (au centre) entre Robert MUGABE (à gauche) et un militaire (à droite)

La Ligue des jeunes du parti a finalement retourné sa veste et a demandé lors d’une réunion tenue dans la matinée de ce dimanche son éviction. Une dizaine des proches de Robert MUGABE ont également été chassés et expulsés du parti par le comité central du parti. Le comité central était présidé par Obert Mpofu – que Robert MUGABE a une nouvelle fois nommé ministre quelques semaines plus tôt. Ce dernier a même poussé le bouchon très loin en lançant un ultimatum au président de la république encore en fonction : il devra démissionner avant lundi midi pour ne pas subir un processus de destitution parlementaire mardi.

La démission de MUGABE à la tête du pays ouvrirait la voie au droit à une succession suivant la procédure constitutionnelle. En ouvrant une session mardi, la ZANU-PF qui envisage de se débarrasser du président passera au vote et devra recueillir au moins deux tiers des votes des députés, ce qui semble être une formalité étant donné que le parti présidentiel possède une large majorité à l’assemblée nationale, encore plus s’il s’allie au MDC de Morgan Tasvangirai, un adversaire politique du président de longue date dans le but ultime de le dégager du pouvoir. Les chefs d’Etat de la sous-région tiendront un sommet extraordinaire de la SADC, mardi pour discuter de cette crise.

Aussitôt l’ancien vice-président Emmerson Mnangagwa, âgé de 75 ans, revenu d’urgence d’un bref exil est réintégré dans le parti pour occuper le poste de président du parti ravi de force au président MUGABE mis en difficulté. En plus de cela, il devrait diriger le gouvernement d’unité nationale par intérim. Les auteurs du coup d’Etat voulant absolument faire démissionner le président Robert MUGABE qui refuse pour l’instant d’obtempérer aux injonctions, afin de ne pas légitimer le coup de force militaire, ont commencé le travail de sape en faisant descendre dans la rue au moins 5 000 Zimbabwéens samedi 18 novembre pour légitimer leur action.

Robert MUGABE 6

Le président Robert MUGABE est d’un âge avancé, 93 ans, il est assigné à résidence depuis mardi dernier, et ne pourrait pas retrouver son poste sans une grande compréhension des militaires dirigés par le général Constantino Chiwenga, chef d’État-major de l’armée. Il apparaît que la lutte pour la prise du pouvoir constitutionnel a commencé depuis un certain moment déjà et que le vice-président avait prévu ce qui est arrivé et avait ameuté l’armée pour venir à son secours, au regard de son âge relativement plus jeune et de sa position officielle que semblait contester Grace MUGABE.

Peut-on dire que Grace MUGABE a été à l’origine de l’éviction du vice-président de son poste ? C’est ce que le concerné et l’Armée soutiennent et font valoir pour légitimer le coup de force. Existe-t-il d’autres éléments non dévoilés par MUGABE qui sont reprochés au vice-président, celui que la constitution zimbabwéenne confiait la charge du pouvoir en cas d’empêchement ou de renonciation du président ?

Si la version des militaires qui stipule que le président était tenu en otage par sa femme est fondée, alors les ambitions de la femme du président ont fait du tort à cet illustre homme, grand défenseur de la cause de son peuple. Pourrait-il exister d’autres raisons ayant poussé le vice-président et les militaires à prendre le pouvoir par la force, même si l’âge du président devait faire en sorte que le pouvoir eut été logiquement cédé au vice-président ? La raison du limogeage du vice-président était selon Robert MUGABE: un complot pour prendre le pouvoir. Avec ce qui vient de se passer peut-on affirmer avec certitude qu’il avait vraiment tort ?

Il est courant en Afrique dans certains pays que lorsqu’un complot est ourdi dans l’ombre pour conquérir le pouvoir, que l’on utilise la manipulation des populations avec des arguments grossièrement mensongers pour parvenir aux buts à atteindre. Et lorsque ces personnalités arrivent au pouvoir, ils vampirisent le « sang » et le « suc » de la nation en s’emparant de toutes les manettes des pouvoirs politique, économique, financier et même dans certains cas spirituels. Le but de l’enrichissement personnel pourrait-il être un des mobiles de ce coup d’Etat ?

Les auteurs du coup de force pourraient-ils abandonner ce qui a dans le passé fondé la lutte des vétérans pour amener le Zimbabwe à l’indépendance et livrer le pays aux prédateurs ou vont-ils poursuivre sur la voie de la libération nationale ? Il est vrai qu’il est nécessaire qu’une page se tourne pour redonner un nouvel élan à la lutte de libération, mais cela doit être fait avec doigté et intelligence.

Il ne sert à rien d’humilier et de renier le bien fait à la nation zimbabwéenne par Robert MUGABE pour une faute de parcours non dommageable pour la nation, puisque les militaires à ses ordres auront aidé à la réparer si ce qui est dit est vrai. MUGABE est un héros authentique de la guerre de libération nationale, il est certes resté longtemps au pouvoir et le clan de son épouse aurait aussi tenté de prendre le contrôle des affaires de l’Etat. Robert MUGABE est de la même trempe que les grands leaders africains comme Joshua Nkomo, Agostino Neto d’Angola, Amilcar Cabral de Guinée Bissau, Eduardo Mondlane et Samora Machel du Mozambique, ainsi que d’autres qui ont libéré leur pays du joug colonial.

Ian Smith

Ian Smith/Wikipedia

Dans l’ancienne Rhodésie devenue Zimbabwe se trouvait un régime  raciste dirigé par Ian Smith de même type que celui de l’Apartheid d’Afrique du Sud. Sa politique ségrégationniste s’appliquait sur une population noire quatre fois plus nombreuse (80% de la population totale). Ian Smith s’est affranchi en 1965 de la tutelle des colons britanniques dont il était descendant. Emmerson Mnangagwa ne devrait pas utiliser l’outil de la vengeance pour pouvoir dénigrer le grand combattant et leader qu’est Robert MUGABE. Il est possible de prendre un certain temps afin de le convaincre de lâcher prise.

Au Ghana quand Jerry Rawlings a quitté le pouvoir encore dans la force de l’âge, sa femme n’a pas tenté de prendre le pouvoir, elle s’est présentée à la magistrature suprême plusieurs années après son départ, même si elle n’a pas réussi à monter sur le fauteuil présidentiel ; et les élections s’étaient déroulées correctement sans accrocs. Elle a créé sa propre formation politique lorsqu’il s’est avéré que son parti d’origine lui a joué des tours en lui faisant des crocs-en jambe.

En effaçant MUGABE de la mémoire de ZANU-PF, ce parti croit-il qu’il sera en paix avec lui-même ? Qui présentera-t-on comme leader ayant conduit le pays à l’indépendance ? Les dirigeants de ce parti ne craignent-ils pas de créer un précédent préjudiciable au parti et à la nation ? Est-il vraiment nécessaire en l’état actuel des choses de célébrer pompeusement la chute attendue de MUGABE ? N’existe-t-il pas une autre possibilité d’amener le président MUGABE à faire un transfert du pouvoir de façon apaisée, maintenant que les conditions ont été réunies par les militaires ?

Robert MUGABE 4

De la droite vers la gauche, le Général Constantino Chiwenga – chef d’Etat-major de l’armée, Robert Mugabe – président de la république et deux autres personnalités

L’Armée est intervenue pour remettre les choses à l’endroit n’est-ce pas ? Cela devrait être suffisant et le reste devrait être négocié, à moins que d’autres ambitions et objectifs aient guidé l’action des auteurs du coup de force. Les militaires ont bien agi en laissant le président MUGABE diriger une cérémonie de remise des diplômes vendredi, en le faisant aussi rencontrer d’autres personnalités de pays africains, la sagesse finira par gagner et créer les conditions d’une passation de pouvoir de manière constitutionnelle dans un temps raisonnable. Mais nombreux sont impatients.

Cette question s’est déjà posée dans un pays comme la Chine où la femme prenait de plus en plus d’initiatives et de place, mais la figure de Mao-Tse-Tung a été préservée, l’image du grand Timonier figure toujours dans les billets de banque du Yuan et cela n’a pas empêché la Chine d’émerger. Mais en Afrique on confond tout, on patine ou on recule à grands pas dans les domaines clés de la vie, pendant que les autres avancent positivement en définissant clairement des objectifs à atteindre.

Et nous pensons que le modèle zimbabwéen à la base a été calqué sur le modèle chinois, même si le modèle chinois se repose toujours sur le Parti communiste chinois (PCC), à parti unique. Mais comparaison n’est pas raison, car même la démocratie en Afrique jusqu’à présent n’a fait qu’introduire et croître le malheur, la misère, la paupérisation, les confiscations et accaparements de richesses et ressources nationales par des clans et leurs complices extérieurs, ainsi que les divisions, les guerres, les massacres, la ruine et les destructions. Et le Zimbabwe devrait en prendre conscience et faire attention à ne pas faire un mauvais diagnostic de la situation en présence et des remèdes à y apporter.

En définitive, qu’est-ce que vont finalement faire les militaires zimbabwéens et le vice-président, même s’ils posent sur la table un vrai problème constitutionnel ? Pourraient-ils aller jusqu’à humilier un grand leader de sa dimension ayant aidé le pays à se libérer du joug de la colonisation ? Quel est le rôle réel du Vice-président dans ce coup fumant, en est-il le véritable auteur par l’entremise de l’Armée ? Quelle trajectoire politique va prendre finalement le Zimbabwe, les nouveaux maîtres vont-ils vendre les ressources et les richesses du pays au plus offrant ? Vont-ils utiliser la faute de Grace MUGABE pour s’emparer de toutes les manettes du pouvoir et des ressources et richesses nationales au grand dam de la population et de la nation ? Vont-ils remettre en cause les grandes lignes politiques définies par le régime MUGABE défendant avec hargne les intérêts nationaux et ceux de l’Afrique ?

Jean de Dieu MOSSINGUE

MIRASTNEWS

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