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Rex Tillerson appelle l’armée à réaliser un changement de régime au Venezuela, comme avec Pinochet?

Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson/© NICHOLAS KAMM Source: AFP

Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a soulevé l’idée dans un discours d’une possible intervention de l’armée vénézuélienne pour renverser «le régime corrompu et hostile» de Nicolas Maduro, qui a «déçu ses citoyens», comme à l’époque où les Etats-Unis d’Amérique ont renversé dans le sang en utilisant Augusto Pinochet pour bombarder le président Salvador Allendé, au Chili.

Il n’y a pas si longtemps qu’ayant voulu plus d’indépendance pour son pays, le président élu Manuel Zelaya du Honduras avait été renversé le 28 juin 2009, par l’armée hondurienne soutenue, équipée, entraînée, conseillée par les forces armées des Etats-Unis d’Amérique qui possèdent une présence militaire dans le pays, avec la complicité de la Cour suprême et du Congrès du pays, ayant mis en place un pouvoir fantoche  dirigé par Roberto Micheletti.

Une situation qui ressemble étrangement à celle de l’Ukraine juste aux frontières de la Fédération de Russie. Pourtant Manuel Zelaya ambitionnait de consulter démocratiquement le peuple hondurien par référendum, qui devait être fait en même temps que des élections générales prévues pour novembre 2009, afin de réécrire la Constitution du pays, dont certains termes ou articles étaient considérés comme obsolètes.

En effet, une Constitution est écrite par des hommes qui ont leurs lacunes, faiblesses et limites à un certain moment de la vie des hommes et de la nation, elle peut donc être révisée à n’importe quel moment s’il y a nécessité que soient insérées des évolutions positives.

Ce projet avait suscité de vives résistances parmi les forces négatives opposées aux évolutions positives nécessaires à la société, notamment le Congrès, quelques membres de son propre parti, la Cour suprême, l’armée, les milieux d’affaires qui n’ont pas digéré l’augmentation du salaire minimum mensuel que le président avait fait passer de 126 à 202 euros, et la Conférence épiscopale.

Il ressort que  le 1er juillet 2009, Zelaya semblait être soutenu par la communauté internationale dont l’ONU et l’OEA, les États-Unis d’Amérique, la Colombie et le Venezuela. La force fut utilisée par le gouvernement putschiste pour empêcher le peuple de réinstaller le président déchu. Plusieurs milliers de personnes furent arrêtées arbitrairement et subirent des  traitements inhumains et dégradants.

Des escadrons de la mort furent par la suite mises en place selon des ONG qui avaient constaté  une multiplication des assassinats d’avocats, de journalistes, de syndicalistes et de dirigeants paysans.

Outre cela, les Etats-Unis d’Amérique s’opposaient au président Zelaya qui se rapprochait davantage de l’ALBA en raison des soupçons sur une éventuelle intervention de la CIA dans les affaires politiques du pays. Le président bolivien Evo Morales avait à ce propos indiqué à l’époque qu’il disposait d’informations de première main stipulant que c’était  l’empire, par le biais du commandement Sud des États-Unis d’Amérique qui avait fait le coup d’État au Honduras.

La question posée était de savoir quelles furent les réelles motivations des Etats-Unis d’Amérique ? Le 29 juin 2009, le National Catholic Reporter révéla que le général Vásquez Velásquez, principal artisan du coup d’État et Luis Javier Prince Suazo, commandant des forces aériennes étaient formés par l’École militaire des Amériques, dont la réputation fait que de nombreux militaires qui y sortirent, fomentèrent des coups d’État dans les années 1970 ou formèrent et animèrent des milices et autres escadrons de la mort.

De plus, sept ans auparavant, en 2002, un coup d’État fut fomenté contre le président alors nouvellement élu Hugo Chavez au Venezuela où la responsabilité des Etats-Unis d’Amérique fut établie par les autorités du pays. Le président Manuel Zelaya envisageait d’ajouter un aéroport civil à Soto Cano alors qu’il servait déjà comme base aérienne  aux forces armées des USA dans le pays. La directrice de l’ONG hondurienne Paz y Democracia, Martha Díaz, qui qualifia sur CNN le coup d’État de «transition vers la démocratie», déclara que le coup d’État fut financé par l’USAID.

Avant d’effectuer sa tournée en Amérique Latine à partir du 1° février qui lui permettra de se rendre au Mexique, en Argentine, en Colombie, au Pérou et en Jamaïque et de rencontrer les principales autorités et le corps diplomatique des pays membres du Groupe de Lima, le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson a indiqué à quelques proches que Washington voulait faire évoluer la situation politique au Venezuela. Il a évoqué la possibilité de voir apparaître un changement de régime mené par l’armée comme le rapporte RT France : «Dans l’histoire du Venezuela et des pays d’Amérique du sud, l’armée s’est parfois comportée en agent du changement lorsque les choses allaient mal et que les dirigeants n’étaient plus en mesure de servir leur peuple», a-t-il ainsi déclaré dans un discours prononcé à l’université du Texas, le 1er février.

Il a poursuivi : «Cela se produira-t-il ou pas? Je ne sais pas», soulignant que «le régime corrompu et hostile» de Nicolas Maduro s’accrochait «à un rêve irréaliste, une vision datée de la région qui a déjà déçu ses citoyens». Dans l’espoir de voir les USA prendre le contrôle du pays, le secrétaire d’Etat Rex Tillerson a estimé que le président vénézuélien pourrait s’offrir une retraite paisible au soleil : «Je suis sûr qu’il a à Cuba, des amis sont disposés à lui offrir une belle villa sur la plage.»

Or le chef de la CIA, Mike Pompeo, a annoncé au cours d’un forum du think-tank néo-conservateur American Enterprises Institute que la CIA travaille la main dans la main avec la Maison blanche pour rendre plus dur les sanctions contre le Venezuela. Il a encore ajouté que la CIA a étoffé un dossier sur l’état et le statut des Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB) et leurs rapports avec les autorités du pays. De plus il a avoué que la CIA et la Maison Blanche œuvrait pour trouver les moyens d’amplifier la situation de défaut de paiement de la dette souveraine et la dette de la société pétrolière nationale PDVSA. A ce tableau sombre s’ajoute la déformation schématique du commerce international du Venezuela en matière d’échanges en produits de base comme les aliments et les médicaments (interrompre la fourniture d’aliments, de produits d’hygiène et de monnaie).

Ce voyage donne l’espoir aux autorités des Etats-Unis d’Amérique de refaire leur virginité politique sur les extravagances politiques de ce pays vis-à-vis de l’Amérique Latine. Le secrétaire d’État qui sait qu’il s’appuie sur le soutien indéfectible d’alliés traditionnels, a mis en garde contre la présence croissante et «alarmante» de la Chine et de la Russie sur le continent, alors que les Etats-Unis d’Amérique ont des bases militaires dans toutes les contrées du monde, y compris en Amérique Latine.

Les Etats-Unis d’Amérique ont pourtant été les seuls depuis la disparition de l’Union soviétique à diriger le monde comme un empire avec l’aide de quelques alliés. Pourtant Rex Tillerson n’a pas hésité d’indexer des puissances n’ayant pas d’énormes infrastructures militaires à l’étranger:  «L’Amérique Latine n’a pas besoin de nouvelles puissances impérialistes qui ne poursuivent que leur propre intérêt», a-t-il lancé, assurant que Washington voulait être «le premier partenaire» de la région, «dans le but de faire progresser la liberté».

Rappelons que toutes les guerres menées par les Etats-Unis d’Amérique ont selon les dires de leurs dirigeants, été menées pour la défense de la « liberté », la « démocratie » et les « droits humains ». Or au Venezuela ce sont les institutions qui prennent les décisions à l’instar de celle prise dans la nuit du 25 au 26 janvier où la Cour suprême de justice du pays a ordonné à l’autorité électorale d’exclure la Table de l’Unité démocratique (MUD), une importante coalition d’opposition, du scrutin présidentiel qui doit avoir lieu avant le 30 avril. Car selon elle, la coalition violait l’interdiction de la «double affiliation» politique. Il reste à savoir en quoi cela porte-t-il atteinte aux intérêts des USA?

En réalité ce sont les forces négatives internes et externes qui sapent la souveraineté du Venezuela et œuvrent dans l’ombre pour détruire la nation bolivarienne, l’armée vénézuélienne n’est pas dupe, car elles ont non seulement instauré les pénuries et la crise financière dans le pays, mais ont aussi induit par leurs actions nocives telles que les tentatives de coup d’États ou les manifestations entachées de violences aveugles et brutales en 2017, les nombreuses difficultés qu’elle rencontre et ne veulent pas lâcher prise en trouvant un compromis pour juguler la crise politique, afin d’instaurer une paix définitive, alors que le président de la République Nicolás Maduro a engagé un dialogue avec l’opposition via la République Dominicaine.

C’est en détruisant la colonne vertébrale des autres nations, en réalisant des coups d’Etat ailleurs, en occupant militairement des espaces à l’étranger, en soutenant des pouvoirs notoirement corrompus et anti-démocratiques, en appauvrissant les autres peuples par divers moyens et astuces, en sanctionnant injustement les autres nations avec le soutien de l’Union européenne, en instaurant un système de grandes injustices et d’inégalités en interne, en orchestrant les crises financières à l’intérieur et à l’extérieur, en instaurant un protectionnisme rampant que les dirigeants de «l’Amérique d’abord» se voient être à la tête d’une grande nation anti-impérialiste, capable de sortir d’autres nations de la misère et de les protéger.

Jean de Dieu MOSSINGUE

Source : MIRASTNEWS, RT France

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