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ISS Today: Le Congo-Brazzaville enfermé dans la crise par sa gouvernance militaire

Photo: Le Président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, arrive à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques COP23 à Bonn, en Allemagne, le 15 novembre 2017. Photo: EPA-EFE / THORSTEN WAGNER

La réforme du secteur de la sécurité est vitale et doit avoir lieu avant les élections présidentielles de 2021.

Pendant deux jours en janvier, deux événements importants liés à l’établissement de sécurité se sont produits en République du Congo. D’abord, Norbert Dabira, le magnat des médias, a été arrêté. Ensuite, le chef de la Garde républicaine, le général Nianga Ngatsé Mbouala, a été limogé.

L’arrestation du chef d’état-major de Mbouala en mai dernier avait conduit à des spéculations sur les luttes intestines au sein de l’appareil de sécurité nationale. Mais le président Denis Sassou Nguesso a attendu huit mois pour tirer sur Mbouala.

L’arrestation de Dabira et le renvoi de Mbouala montrent un profond mécontentement face à un régime rigide. Ces événements ont suivi la disparition du président le plus ancien d’Afrique – Robert Mugabe – par un «coup d’État intelligent» au Zimbabwe, et un complot de coup d’État déjoué à la veille de Noël contre le président de longue date de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema.

Dabira est en bonne compagnie dans la prison centrale de Brazzaville. Il rejoint l’ancien chef d’état-major et candidat à la présidence Jean-Marie Michel Mokoko, détenu sans procès depuis juin 2016. Dabira, qui a occupé le poste de haut-commissaire pour la réintégration des ex-combattants jusqu’en août dernier, a été arrêté sur des allégations de complot de coup d’Etat.

Une source à Brazzaville affirme que Jean-Marie Michel Mokoko est en prison pour avoir refusé de reconnaître la victoire de Sassou Nguesso à l’élection présidentielle de 2016. Quelles que soient les allégations, il y a plus à ces arrestations que ce qui se passe à l’œil.

Les différends autour de la réforme constitutionnelle ont déclenché une crise politique au Congo en 2015. La détérioration de la situation économique a vu le Congo accumuler des niveaux d’endettement record alors que le pays peine à faire face à ses obligations financières. Le ralentissement de la prestation des services publics et l’irrégularité des salaires ont attisé la désaffection sociale.

Avec l’aggravation de la crise économique au Congo, le recours à la gouvernance prétorienne s’est développé. Un nouveau rapport de l’Institute for Security Studies constate qu’un secteur de sécurité coercitif protège les structures pseudo-démocratiques du Congo. Ces structures légitiment à leur tour le régime en place. De cette façon, les régimes ont survécu en centralisant l’appareil de sécurité à la présidence et en réduisant la gouvernance réactive et responsable.

Depuis l’indépendance du Congo en 1960, il n’a connu que 13 ans de leadership purement civil – sous Fulbert Youlou et Alphonse Massamba-Débat de 1960 à 1968, et Pascal Lissouba de 1992 à 1997.

Après l’indépendance, de multiples crises politiques alimentées par des tensions ethniques entre le Nord et le Sud ont rendu l’espace politique vulnérable aux incursions militaires. Le Parti Congolais du travail (PCT) au pouvoir est apparu comme un mouvement politique issu des rangs de l’armée après le premier coup d’Etat réussi en 1968.

Alors qu’un coup d’Etat a porté Denis Sassou Nguesso au pouvoir en 1979, il a été défait dans les urnes en 1992. Une guerre civile sanglante a suivi, après laquelle il y a eu un retour à la présidence civile lorsque Sassou Nguesso a repris le pouvoir en 1997.

Les soldats qui abandonnent leurs fatigues pour contrôler la politique ont jeté les bases de la gouvernance militaire au Congo. Cela a prévalu jusqu’à ce que les revendications pro-démocratiques de la fin des années 1980.

Mais la logique du régime de Brazzaville de s’appuyer sur la domination militaire est paradoxale. En affaiblissant l’opposition politique, la seule concurrence viable du régime vient de l’establishment de sécurité dont il dépend pour le pouvoir. Un gouvernement sécurocratique pourrait bien maintenir le régime congolais au pouvoir, mais il rend les transitions politiques incertaines et intrinsèquement instables.

Dabira, Mokoko et Mbouala sont tous originaires de la région de la Cuvette présidentielle, tout comme le chef du Conseil de sécurité nationale, l’amiral à la retraite Jean-Dominique Okemba. Mais ces liens ethno-régionaux n’ont pas assuré la loyauté dans les cercles internes du pouvoir dont dépend la gouvernance militaire. Au moins quelque chose, les rivalités internes de ce genre rendent les transitions moins prévisibles.

L’arrestation d’anciens chefs militaires se produit dans le contexte de crises économiques, sociales et politiques. Le régime ne veut pas s’engager dans la profonde réforme de la gouvernance dont il a besoin, et la répression dans ses rangs est la seule main qui lui reste – et la seule main qu’il joue.

Sur les six présidents post-indépendance du Congo, quatre ont été évincés par un coup d’État ou une guerre civile. Avec le secteur de la sécurité dominant l’espace politique, les régimes successifs ont été réticents à établir des institutions politiques indépendantes qui pourraient aider à construire une société civile robuste.

Les syndicats et les syndicats d’étudiants ont été minés par l’infiltration d’agents de l’État, l’arrestation de militants et l’intimidation. Les manifestations publiques ne sont pas autorisées. Pendant ce temps, l’opposition congolaise est divisée en factions modérées, républicaines et intransigeantes, ce qui ne sert que les objectifs du régime en place.

La réforme du secteur de la sécurité est essentielle pour remédier aux conditions structurelles à l’origine de la crise actuelle au Congo. Aussi difficiles que soient ces réformes, il est impératif qu’elles se déroulent avant les préparatifs des élections présidentielles de 2021. DM

Fonteh Akum pour ISS Today

Fonteh Akum est chercheur principal, Programme de recherche sur la paix et la sécurité, ISS

Traduction : Jean de Dieu MOSSINGUE

MIRASTNEWS

Source : DAILY MAVERICK

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