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La vérité sur l’Afrique

© Philippe Waujazer Source: AFP
Emmanuel Macron en Afrique

Emmanuel Macron s’apprête à recevoir les présidents sénégalais et ivoiriens. Migrations, pauvreté, démographie… Les problèmes du continent africain sont nombreux : mais la France est très loin d’être en mesure de contribuer à leur résolution.

Vendredi 20 avril 2018, les deux derniers piliers de l’ancienne «françafrique», à savoir les présidents Macky Sall du Sénégal et Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire, seront reçus par Emmanuel Macron. La situation du continent africain est à ce point préoccupante que l’on voit mal ce que pourra leur promettre le président français en dehors de discours creux et de vœux pieux ?

D’autant plus que, contrairement aux idées-reçues, l’Afrique ne compte pas pour l’économie française. Alors que la totalité de ses exportations mondiales est d’un peu moins de 500 milliards d’euros, la France vend à la seule Afrique sud saharienne pour à peine 14 milliards d’euros de biens et marchandises, soit moins de 3% de toutes ses exportations. La zone CFA totalise à elle seule 46% de ces presque 14 milliards, soit à peine un peu plus de 1% de toutes les exportations françaises. Pour ce qui est des importations, les chiffres sont voisins. Quant à la zone CFA elle-même, elle n’est pas cette «chasse commerciale gardée» permettant aux productions françaises de bénéficier d’une sorte de marché réservé comme certains l’affirment puisque, depuis une décennie, la part de la France dans le marché de cette zone n’est en effet que de 11% environ, loin derrière la Chine.

Militairement, c’est sur la France que repose la «police» du Sahel. Or, Paris n’est pas en mesure de s’attaquer aux causes de la guerre qui s’y déroule. Ces dernières sont en effet inscrites dans la géographie et l’histoire de cette vaste région dans laquelle les populations «blanches», ou du moins à peau «claire», ultra minoritaires vivent au nord cependant que des populations noires vivent au sud. Traditionnellement, les pasteurs nordistes razziaient les agriculteurs vivant le long du fleuve.

La colonisation rassembla nomades et sédentaires dans les limites administratives de l’AOF (Afrique occidentale française). Lors de la décolonisation, les délimitations internes à ce vaste ensemble devinrent des frontières d’Etats. A l’intérieur de ces frontières, l’ethno-mathématique électorale donna automatiquement la victoire, donc le pouvoir aux plus nombreux, c’est-à-dire aux sudistes. Au Mali et au Niger, les Touareg qui refusèrent d’être soumis à leurs anciennes victimes se soulevèrent à maintes reprises. C’est sur ce terreau propice que se développèrent ensuite les trafiquants de toutes sortes, puis, aujourd’hui les islamistes, le djihadisme étant d’abord ici la surinfection d’une plaie ethnique.

Militairement, c’est sur la France que repose la «police» du Sahel. Or, Paris n’est pas en mesure de s’attaquer aux causes de la guerre qui s’y déroule.

Conscient que la question est insoluble, le président français cherche donc actuellement une porte de sortie.

Plus généralement, les dirigeants français ont bien conscience que ni la France, ni même l’Union européenne ne peuvent véritablement aider l’Afrique. Comment le pourraient-ils quand, du nord au sud et de l’est à l’ouest, le continent africain est ravagé par des guerres ou des crises. De la Méditerranée aux prolongements sahariens, la dislocation libyenne entretient un foyer majeur de déstabilisation. Dans le cône austral, ce qui fut la puissante Afrique du Sud sombre lentement dans un chaos social. De l’Atlantique à l’océan Indien, toute la bande sahélienne est enflammée par un mouvement à la fois fondamentaliste et mafieux dont les ancrages se situent au Mali, dans le nord du Nigeria et en Somalie; plus au sud, la Centrafrique a explosé cependant que l’immense RDC n’en finit pas de mourir.

Économiquement, et à l’exception d’enclaves dévolues à l’exportation de ressources minières confiées à des sociétés transnationales sans lien avec l’économie locale, l’Afrique est aujourd’hui largement en dehors du commerce, donc de l’économie mondiale. Malgré le pétrole et les minerais, sa part dans les échanges mondiaux (importations plus exportations), est en effet dérisoire. De 6% en 1980, elle s’est effondrée à 2% dans la décennie 1990, avant de «remonter» à un peu plus de 3% aujourd’hui.

En Afrique, les crises alimentaires sont permanentes, les infrastructures de santé ont disparu comme l’a montré la tragédie d’Ebola en Afrique de l’Ouest ou la flambée de peste à Madagascar, l’insécurité est généralisée et la pauvreté atteint des niveaux sidérants.

Aujourd’hui, plus de la moitié de la population du continent, soit environ 600 millions de personnes, vit avec moins de 1,25 dollar (moins de 1 euro) par jour. Si nous ajoutons à ce chiffre les 250 millions d’Africains ayant un revenu situé entre 2 et 4 dollars, soit, juste à la limite supérieure de l’extrême pauvreté, cela fait un total d’environ 670 millions d’Africains sur une population totale de 1,1 milliard qui vit dans la pauvreté.

Le développement passe par la formation de cadres et par l’innovation, or sur une moyenne de moins de 200 000 brevets d’inventions déposés dans le monde, environ 0,2% le sont par des Africains, dont les 80% par des Sud-africains dont 90% par des Sud-Africains blancs, les 10% restant par des Sud-Africains d’origine indienne. Le drame est que l’Afrique ne dépose pas de brevets, mais qu’elle exporte ses cerveaux, ce qui est clairement une forme d’assassinat pour un continent qui ne compte que 83 ingénieurs par million d’habitants quand l’Europe en a 1 000.

Seuls 0,2% des brevets déposés dans le monde le sont par des Africains, dont 80% par des Sud-Africains, dont 90% par des Sud-Africains blancs.

Des diplômés quittent donc l’Afrique où ils sont indispensables, pour aller s’employer dans le monde développé industrialisé où ils sont en surnombre. Or, cette nouvelle forme de traite des Noirs qui porte sur les plus précieux des Africains, ses diplômés, se fait avec l’habituelle complicité des «gentils» de l’anti-ségrégation et des requins du capitalisme associés pour la circonstance. Au nom du paradigme de la culpabilité qui les hante, les premiers s’interdisent de voir qu’en les accueillant, ils saignent l’Afrique. Les seconds les encouragent à venir au nom des lois du marché, du travail global et de la mobilité de la main d’œuvre. Résultat, des dizaines de milliers de boat people se livrent au bon vouloir de gangs qui les lancent dans de mortelles traversées en direction de la «terre promise» européenne.

Le président Macron est conscient de ce problème, mais il n’a aucun moyen, sinon homéopathique, de persuader les Africains de le régler. A moins d’établir un partenariat avec les pays de l’Afrique du Nord qui vont être les premiers à être touchés car, c’est d’abord sur eux que vont se déverser les futures masses de migrants sub-sahariens.

Comment en serait-il autrement alors que la croissance démographique africaine est supérieure à 3% ? Elle est le résultat d’une fécondité très élevée (4,5 enfants par femme au Soudan et 7,1 au Niger), ce qui fait qu’en 2040, le Sahel, région fragile et aux ressources plus que limitées devra faire vivre plus de 150 millions d’habitants.

Là encore, la France est impuissante car elle n’a aucun moyen de contraindre les Africains à adopter de drastiques mais impératives politiques de contrôle des naissances.

Bernard Lugan Bernard Lugan

Universitaire spécialiste de l’Afrique, Bernard Lugan est l’auteur de nombreux livres. Il anime un blog consacré à l’actualité et à la géopolitique de l’Afrique. Il dirige la revue par internet L’Afrique réelle http://www.bernard-lugan.com

Mali : attaque «sans précédent» contre les Casques bleus et les forces françaises à Tombouctou

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Source: RT France

Notre commentaire

Cet article soulève des questions importantes, mais n’apporte pas tous les éclaircissements sur les vraies causes de cet état d’être des pays du continent, qu’elles soient d’origine interne ou externe. Car le travail de recherche est sérieux mais ce survol est léger, surtout connaissant la profondeur de la pensée de l’auteur qui écrit souvent sur l’Afrique en prenant soin de taire certaines véritables causes ou de biaiser les solutions, faisant comme s’il défendait certaines causes non avouées. Pour l’instant il nous manque du temps pour y répondre correctement. Si personne parmi les africains, universitaires ou autres penseurs n’y apporte les correctifs et ajustements nécessaires, tôt ou tard nous reviendrons sur ce sujet clé pour l’avenir de l’Afrique. Nous avons déjà par le passé dans de nombreux écrits longuement expliqué les vraies raisons du malheur, de la stagnation ou recul programmé de l’Afrique.

Jean de Dieu MOSSINGUE

SUJET CONNEXE

Pourquoi la France finira-t-elle par perdre l’Afrique?

CC0 / Pixabay

Malgré toutes les tentatives de maintenir ce que l’Élysée continue de considérer comme son «pré carré», les événements en cours confirment l’hypothèse d’une perte d’influence de l’Occident sur le continent africain.

Au moment où la Chine est en train de devenir la partenaire privilégiée d’un grand nombre de pays d’Afrique et que la Russie confirme son retour sur le continent, l’Occident politique ne cache pas sa vive inquiétude. Et il y a de quoi. Car au-delà de la puissance sino-russe, ce dont il faut tenir compte en premier lieu, c’est de la volonté des Africains eux-mêmes. Il s’agit de leurs pays respectifs, de leur continent, de leur avenir.

Evidemment, dans cette défaite qui se profile pour les intérêts occidentaux en Afrique, Paris sera certainement la grande perdante. Certes, les USA et la Grande-Bretagne sont dans le viseur des panafricanistes et des patriotes africains. Mais c’est la France qui est en première ligne, pour une raison simple: c’est elle qui dispose du plus grand nombre de bases militaires étrangères et extracontinentales en Afrique. Et bien que justifiant sa présence par la «protection» de la sécurité et de la stabilité des États concernés, il est aujourd’hui clair qu’il n’en est rien. La seule raison réelle de cette présence réside dans la nécessité de contrôler les ressources naturelles africaines, dont la France a tellement besoin pour maintenir sa relative puissance économique.

Le franc CFA est une autre pierre d’achoppement entre Paris et le continent africain, la majorité de panafricanistes considérant cette monnaie comme l’une des principales émanations du néocolonialisme en Afrique. Il y a bien sûr aussi le non-respect de la souveraineté africaine et l’ingérence non voilée dans les affaires intérieures de plusieurs pays, comme en Côte d’Ivoire, en Libye, au Mali, en Centrafrique, au Cameroun et bien d’autres. D’ailleurs, les récents événements en Syrie ont une fois de plus montré aux yeux de l’opinion internationale, y compris africaine, ce que représentait la politique internationale «française».

Et ce n’est pas tout. Lorsqu’on se trouve par exemple au Maroc ou en Algérie, et que l’on y observe les nombreux migrants d’Afrique subsaharienne cherchant à parvenir dans «l’eldorado» européen, on se rend compte d’une réalité indéniable: Sénégalais, Maliens, Ivoiriens, Guinéens et d’autres représentants de pays appartenant encore au fameux système de la Françafrique représentent probablement pas moins de 90% de ces migrants.

On n’y croise pas d’Angolais, de Namibiens ou d’Équato-Guinéens. Pourquoi, me direz-vous? Car il y a une différence majeure entre les pays en question: ces derniers assument leur souveraineté et leurs dirigeants ont pu faire profiter leurs populations des dividendes des ressources naturelles nationales. Les premiers, pourtant eux aussi très riches en termes de matières premières, voient la France, ou plutôt l’élite atlantiste de l’Élysée et ses affidés, les piller sans vergogne, ce qui pousse leurs citoyens, notamment la jeunesse, à aller chercher une vie meilleure ailleurs, y compris au péril de leur vie.

Et il y avait aussi la Jamahiriya libyenne de Kadhafi, qui pouvait se permettre d’accueillir un bon nombre de ces migrants et de leur offrir une vie décente sur le continent africain, sans avoir à traverser la Méditerranée. Mais cela, c’était avant. Avant que des personnages tels que Sarkozy ou Bernard Henri-Levy ne transforment ce pays tantôt prospère en une nouvelle zone de chaos et d’extrémisme.

Évidemment certains «bien-pensants», en lisant ces lignes, crieront haut et fort: «et les leaders africains alors?» N’est-ce pas à eux que d’assurer une vie digne à leurs concitoyens? Oui, encore faut-il leur en donner les moyens. Et c’est là justement que l’on en revient à la question des bases militaires. Il suffit qu’un leader patriote africain essaie de faire bouger les lignes, ou en d’autres termes de diversifier ses partenariats avec le monde extérieur, pour qu’il fasse certainement face à une rébellion armée orchestrée par l’Occident, à une tentative de putsch —suivez mon regard…-, et si les deux premières «options» ont échoué, à une intervention des forces spéciales françaises, dans la pure tradition néocoloniale. Clin d’œil au passage à la force Licorne en Côte d’Ivoire.

Mais le monde a déjà beaucoup changé, continue de changer et continuera de changer. Dans cette nouvelle optique, et vu de ce que pense la grande majorité de la rue africaine, de Bamako à Bangui et d’Abidjan à Douala, les forces néocoloniales finiront par perdre pied. Pas de doute là-dessus. Les puissances partisanes du monde multipolaire, elles, continueront de coopérer avec l’Afrique dans le strict respect de sa souveraineté, de ses traditions et de ses valeurs. C’est aux Africains que de choisir leurs partenaires. Pas à Washington, Paris ou Londres. Cette normalité deviendra réalité dans un avenir proche.

 Mikhail Gamandiy-Egorov Mikhail Gamandiy-Egorov
Entrepreneur. Diplômé de l’Université Paris-Sorbonne. Interprète professionnel. Grand partisan du partenariat Afrique-Russie. Animateur du blog L’Axe Afrique-Russie.

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur.

Source: Sputnik News – France

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