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L’accord commercial SADC avec l’UE critiqué pour ne pas promouvoir le développement économique régional

Bien qu’il porte le nom de la SADC, seuls six des 16 membres du bloc sont parties au pacte commercial. (Mahmud Turka / AFP)

La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a reçu beaucoup de presse négative depuis sa création en 1992. Récemment, une grande partie de ces critiques ont été adressées au bloc et à Pretoria en raison de leur évolution rapide dans les accords commerciaux régionaux et internationaux.

En particulier, l’accord de partenariat économique (APE) signé par la SADC avec l’Union européenne a été examiné. D’un point de vue politique et économique, l’accord a été critiqué pour son incapacité à soutenir les efforts visant à promouvoir un développement durable et inclusif en Afrique australe et à saper les efforts d’intégration régionale.

D’un autre côté, le principal protagoniste de l’APE dans la région, l’Afrique du Sud, a été accusé de ne pas exploiter pleinement les quotas et les tarifs favorables aux entreprises offerts par le régime commercial libéralisé du pacte.

Ces points de vue contradictoires ont été examinés lors d’une réunion tenue en juillet au Centre for Conflict Resolution au Cap sur les effets du pacte, au cours de laquelle il a été proposé que la réalité soit plus nuancée que ce que des vues dominantes pourraient suggérer.

Une grande partie du mécontentement à l’égard de l’accord, provisoirement mis en œuvre depuis octobre 2016, découle de l’implication limitée des syndicats et de la société civile dans les négociations prolongées et souvent difficiles pour forger l’accord et sa déconnexion des structures régionales actuelles en Afrique australe.

Bien qu’elle porte le nom de la SADC, seuls six des 16 membres du bloc sont parties au pacte commercial. En effet, en tant que partenaire des négociations régionales sur les APE de 2007, Pretoria admet librement s’aligner sur son accord existant de développement et de coopération commerciale avec l’UE et sur le régime tarifaire extérieur commun de l’Union douanière d’Afrique australe, comprenant l’Afrique du Sud, le Botswana, le Lesotho, la Namibie et le Swaziland. La seule autre partie régionale à l’accord, le Mozambique, n’a pas signé plus tard.

Pendant ce temps, les détracteurs de l’accord affirment que la création d’un régime de libre-échange des biens et services entre pays à différents niveaux de développement perturberait les systèmes de production locaux, appauvrirait les recettes publiques, créerait du chômage et institutionnaliserait la pauvreté. Ils soutiennent que, malgré ses garanties, l’APE mine la capacité des États membres à protéger leurs industries nationales contre les importations bon marché, les privant ainsi du pouvoir de déterminer quels secteurs productifs devraient être libéralisés et lesquels protégés.

Les critiques font également valoir que l’accord perturbera le commerce intra-régional en donnant la priorité aux marchés internationaux.

Ces critiques peuvent être considérées dans le contexte plus large d’autres obstacles aux efforts d’intégration régionale. Les obstacles structurels comprennent les contraintes liées à l’offre, telles que l’utilisation d’équipements obsolètes, des infrastructures inadéquates, des coûts de transport élevés et des capacités d’innovation insuffisantes.

Les progrès réalisés sur la voie de l’intégration ont également été contrecarrés par la faible volonté politique de mettre en œuvre des protocoles régionaux au niveau national, exacerbée par l’absence d’un mécanisme régional de contrôle de la conformité. En outre, l’Afrique du Sud a été accusée de se comporter comme une puissance coloniale dans la région, tirant parti de l’accès au marché qu’elle pourrait obtenir grâce à des accords commerciaux régionaux afin de poursuivre ses propres intérêts économiques locaux.

Cependant, pour sa part, Pretoria a exprimé la conviction que le commerce intra- et extra-régional doit contribuer au développement régional mutuellement bénéfique et, en tant que président de la SADC en 2017-2018, viser à modifier les priorités économiques du bloc pour soutenir la croissance industrielle.

À cette fin, l’Afrique du Sud a conçu et promu un programme régional d’infrastructure et a cherché à promouvoir l’engagement des blocs commerciaux sur le continent sur la base d’un développement complémentaire plutôt que d’un avantage comparatif. Son objectif déclaré reste de forger des liens commerciaux pouvant ajouter de la valeur aux produits et accroître le commerce intra-africain à partir de son faible niveau actuel de 16% du commerce total sur le continent.

Ce qui ne veut pas dire que l’APE SADC ne présente pas d’avantages intérieurs clairs pour l’Afrique du Sud, notamment en ce qui concerne les exportations agricoles et de pêche vers l’UE, qui ont augmenté régulièrement depuis 2014, avec la balance commerciale atteignant 4 milliards de rands. La faveur de Pretoria en 2017.

Dans ce contexte, le nouvel accord, qui prévoit l’élimination immédiate ou progressive des droits de douane sur une période pouvant aller jusqu’à dix ans pour augmenter les quotas de fruits, légumes et produits à base de poisson entièrement obtenus ou transformés, représente une amélioration importante pour l’Afrique du Sud sur les termes agréés dans le cadre de son précédent pacte avec l’UE.

L’APE offre également des garanties multilatérales sur les exportations conformes aux dispositions de l’Organisation mondiale du commerce, ainsi qu’un mécanisme transitoire de contrôle des flux d’importations pour assurer la sécurité alimentaire et donner aux signataires de la SADC la flexibilité nécessaire pour protéger leurs marchés agricoles nationaux.

Dans le même temps, les obstacles potentiels rencontrés par les nouveaux arrivants sur le marché peuvent entraver les avantages commerciaux potentiels de l’exploitation des contingents tarifaires, de l’élimination des droits de douane et des nouvelles règles d’origine définies par l’APE. De nombreux petits producteurs n’ont pas les connaissances et les capacités techniques nécessaires pour accéder aux marchés nationaux, et encore moins pour exploiter les opportunités commerciales offertes dans le cadre de l’APE.

En outre, en Afrique du Sud et plus largement dans la région, les fonctionnaires des départements concernés au niveau national sont confrontés à des contraintes de capacité dans la promotion de la compréhension des implications des APE, tandis que ceux des provinces et des districts ne sont généralement pas au courant de son contenu.

En dépit de ces contraintes et des inconvénients inhérents à la SADC en tant qu’instrument du développement régional, le pacte offre clairement des avantages potentiels que les décideurs peuvent difficilement négliger dans une région en perte de croissance, le chômage croissant et les inégalités persistantes.

Par exemple, l’article 4 de l’accord soutient l’accumulation de matériaux provenant de différents pays de l’APE SADC pour produire des exportations vers l’UE. L’accès préférentiel aux marchés européens offerts à ces produits peut être mis à profit pour créer des chaînes de valeur régionales et promouvoir le développement durable. La création de telles chaînes de valeur peut également atténuer les effets de la sécheresse et du changement climatique dans le secteur agricole ; promouvoir la diversification économique, par exemple dans la production de bœuf au Botswana; soutenir l’industrialisation et favoriser la valorisation des minéraux.

Le développement économique régional et l’intégration peuvent être favorisés par une série de programmes de facilitation du commerce promus par l’accord, notamment ceux qui fournissent une assistance technique aux exportateurs, appuient la restructuration sectorielle et encouragent l’utilisation et la gestion durables de l’eau.

 Mark PattersonMark Paterson

Mark Paterson est consultant au Centre pour la résolution des conflits au Cap et coéditeur de l’Afrique et des Objectifs du Millénaire pour le Développement: Progrès, Problèmes et Perspectives

Traduction : Jean de Dieu MOSSINGUE

MIRASTNEWS

Source : Mail & Guardian

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