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Brésil, coup d’État politique judiciaire : des magistrats ont-ils conspiré pour empêcher le retour de Lula ?

© Pilar Olivares Source: Reuters
Un homme passe devant un panneau sur lequel est écrit «Lula libre !» (image d’illustration).

Les responsables de l’enquête anticorruption Lava Jato au Brésil ont manœuvré pour empêcher le retour au pouvoir de l’ex-président de gauche Lula, l’an dernier. Une révélation de The Intercept basée sur des fuites obtenues par une source anonyme.

Le site d’investigation The Intercept – cofondé par le journaliste américain Glenn Greenwald – a accusé, le 10 juin, les responsables de l’enquête anticorruption Lava Jato (Lavage express) au Brésil d’avoir manœuvré pour empêcher le retour au pouvoir de l’ex-chef d’Etat, Lula da Silva. Le média a lancé ces accusations après avoir eu accès à un grand volume de messages privés échangés notamment sur Telegram entre les procureurs et le juge Sergio Moro, chargé de Lava Jato et obtenus par «une source anonyme». Ce juge est aujourd’hui le ministre de la Justice du président conservateur Jair Bolsonaro.

«Alors qu’ils ont assuré longtemps qu’ils étaient apolitiques et motivés par la seule lutte anticorruption, les procureurs de Lava Jato ont en fait comploté entre eux sur les moyens d’empêcher le retour au pouvoir de Lula et de son Parti des travailleurs», révèle le site.

Si leur véracité est établie, ces échanges battent en brèche la supposée nécessaire impartialité du juge Moro, qui aurait fourni des indications et conseils aux procureurs contre l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, qu’il avait condamné en première instance en 2017.

D’autres messages révèlent aussi que les procureurs avaient eux-mêmes «de sérieux doutes sur des preuves suffisantes de la culpabilité de Lula» dans l’affaire de l’obtention d’un triplex en pot-de-vin et qui l’a finalement envoyé en prison, pour huit ans et 10 mois après une révision récente de sa peine.

Cette condamnation a empêché Lula, le favori des intentions de vote à l’époque, de se représenter à la présidentielle d’octobre dernier. Il n’avait d’ailleurs cessé de clamer son innocence en se disant victime d’une machination politique destinée à l’empêcher de se présenter à un troisième mandat, après ceux de 2003 à 2010.

Pour sa part, le candidat du parti de Lula à la présidentielle (le Parti des travailleurs), Fernando Haddad, a exigé une enquête approfondie sur ce qui pourrait devenir selon lui «le plus grand scandale institutionnel de l’histoire de la République». Si les informations publiées par The Intercept se vérifient, «beaucoup vont devoir être emprisonnés, des procès devraient être annulés et une grande farce serait dévoilée au monde», a ajouté celui qui a perdu la présidentielle au deuxième tour face à Jair Bolsonaro.

Les responsables de Lava Jato se disent «sereins»

Dans une réaction rapide, les responsables de Lava Jato se sont dits «sereins» face aux accusations selon lesquelles ils auraient agi dans l’illégalité, tout en déplorant d’avoir été «les victimes de l’action criminelle d’un pirate qui a mené des activités très graves contre le parquet, la vie privée et la sécurité de ses membres».

Le juge Moro a, de son côté, «déploré la non-identification de la source […] responsable du piratage criminel des portables des procureurs» et le fait que le site «ne soit pas entré en contact [avec lui] avant la publication, ce qui est contraire aux règles de base du journalisme». Les messages illégalement obtenus ont été «sortis de leur contexte», se défend-il.

Sur le fond, il dément toute irrégularité dans son comportement lors de l’enquête tentaculaire qui a conduit à l’emprisonnement des centaines de responsables politiques et économiques en cinq ans, en relation avec un gigantesque réseau de pots-de-vin autour des marchés publics du groupe Petrobras. «Les archives obtenues par notre site sur le Brésil sont parmi les plus importantes de l’histoire du journalisme», a déclaré dans un tweet le cofondateur de The Intercept, Glenn Greenwald.

«Elles contiennent des secrets explosifs sous la forme de chats, d’audios, de vidéos, de photos et autres documents» sur le procureur de Lava Jato, Deltan Dallagnol, le juge Moro et «un grand nombre de responsables qui continuent d’exercer une importante influence politique et économique au Brésil et dans d’autres pays».

Lire aussi : Brésil : l’ancien président Michel Temer arrêté dans une enquête anticorruption

Source: RT France

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