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Manifestations en Géorgie : une conséquence de «l’ingénierie géopolitique occidentale», pour Lavrov

© Irakli Gedenidze Source: Reuters
Des manifestants brandissent les drapeaux américain, géorgien et de l’Union européenne à Tbilissi, le 24 juin 2019.

Les relations entre Tbilissi et Moscou se sont nettement dégradées en quelques jours à peine. En cause : le discours d’un député russe prononcé au Parlement géorgien. Mais les conséquences de cette crise pourraient aussi être économiques.

Depuis l’incident au Parlement de Tbilissi le 20 juin dernier, rien ne va plus entre la Géorgie et la Russie, dont les relations s’enveniment à vitesse grand V. Ce 24 juin, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a commenté cette dégradation, la comparant à la situation en Ukraine. «L’expérience douloureuse de l’Ukraine, notre voisin, est un exemple éclatant de ce qui se passe quand on suit aveuglément les conseils et les incitations de l’étranger», a-t-il argumenté, faisant valoir que le pays, malgré «un énorme potentiel» en avait été réduit, selon lui, «au rôle de demandeur d’aide internationale» sous le mandat pro-occidental du président Petro Porochenko.

«Un autre exemple des conséquences de l’ingénierie géopolitique occidentale que promeuvent nos partenaires [occidentaux], c’est la Géorgie, où les tuteurs occidentaux sont prêts à fermer les yeux sur les exactions des ultranationalistes, sur la russophobie, pourvu que tous les liens du peuple géorgien avec notre pays soient rompus, et que notre histoire commune soit réécrite», a encore analysé Sergueï Lavrov.

Nous pensons que c’était une action planifiée parce que des dizaines de caméras ont été soudainement placées

Le 20 juin, la prise de parole dans l’enceinte du Parlement, en russe et depuis le siège du président de l’Assemblée, de Sergueï Gavrilov, un député russe – qui s’exprimait avant tout en sa qualité de président de l’Assemblée interparlementaire de l’orthodoxie – a mis le feu aux poudres.

Le discours de M. Gavrilov, qui ouvrait alors une réunion de cette même Assemblée interparlementaire, a été interrompu par des députés de l’opposition géorgienne qui ont demandé à la délégation russe de quitter le Parlement.

Alors que les manifestants tentaient de pénétrer dans le Parlement, des affrontements ont fait 240 blessés, dont 160 manifestants et 80 policiers, et conduit à 305 arrestations, selon un décompte de l’AFP. «Nous pensons que c’était une action planifiée parce que des dizaines de caméras avaient été soudainement placées», a affirmé Sergueï Gavrilov le lendemain de l’incident, lors d’une conférence de presse. Et de préciser : «Les gens qui sont entrés [dans le Parlement] avaient des bannières fabriquées à l’avance».

Les relations économiques menacées

Si l’opposition affirme de son côté que l’incident et les manifestations qui se sont ensuivies sont spontanées, le climat entre les deux pays s’est dégradé en quelques jours seulement.

A Tbilissi, au moins 15 000 manifestants, selon un journaliste de l’AFP, ont répondu à l’appel de l’opposition géorgienne et se sont retrouvés devant le Parlement. Ce même jour, Vladimir Poutine a signé un décret présidentiel interdisant à partir du 8 juillet 2019 aux compagnies aériennes russes «d’effectuer des vols du territoire de la Fédération de Russie vers le territoire de la Géorgie».

Le ministère russe des Transports a justifié cette suspension par «la nécessité d’assurer un niveau suffisant de sécurité aérienne» et par le non-paiement par les avionneurs géorgiens de près de 800 000 dollars d’arriérés à l’entreprise russe chargée de la règlementation des vols.

Dépendance vis-à-vis des touristes russes

Les professionnels du tourisme observent eux aussi avec inquiétude cette soudaine flambée de russophobie en Géorgie. Selon l’Union russe du tourisme, les Russes étaient en 2018 au troisième rang des visiteurs les plus nombreux en Géorgie, soit 1,7 million de personnes.

Grâce à ses paysages naturels, ses traditions culinaires mais aussi sa proximité tant géographique que culturelle et la possibilité de s’y rendre sans visa, la Géorgie constitue en effet une destination privilégiée des Russes. D’après le quotidien économique russe Kommersant, ce seraient ainsi quelque 150 000 Russes qui seraient contraints de renoncer à leurs vacances dans l’immédiat. Au-delà, c’est aussi toute l’économie géorgienne, dont l’agriculture et la viticulture, qui souffriraient d’une nouvelle crise géopolitique dans la région.

Depuis l’élection en novembre, immédiatement contestée par l’opposition, de l’ancienne diplomate franco-géorgienne Salomé Zourabichvili comme présidente de la Géorgie, le pays était en proie à une certaine instabilité. Ce 21 juin, s’adressant à la foule, Grigol Vachadzé, le leader du principal parti d’opposition, le Mouvement national uni (MNU) créé par l’ancien président exilé Mikheïl Saakachvili, a appelé à des élections législatives anticipées, à une réforme électorale et à la démission du ministre de l’Intérieur.

L’épouvantail de la Russie aurait-il encore été brandi dans le but de déstabiliser un gouvernement jugé pas assez antirusse ?

Alexandre Keller

Lire aussi : Il y a dix ans, la Géorgie provoquait la guerre en attaquant l’Ossétie du Sud

Source: RT France

Pour mieux comprendre ce qui se joue et se noue:

GÉOÉCONOMIE ET GÉOSTRATÉGIE DE L’ÉNERGIE: CHAOS ET ENJEUX RÉELS

 

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