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Le FMI, la BAD et autres institutions internationales travaillent-ils pour le bien du Congo ou participent-ils à la vampirisation des ressources du pays ?

Quel est l’objectif réel poursuivi en octroyant des ressources à des dirigeants corrompus d’un pays asséché financièrement ? Quelles garanties que ces ressources serviront à relancer les activités économiques de la nation et à relever le taux de croissance, ainsi que le niveau de vie des populations congolaises ?

Les Panama papers et autres actes de corruption et de collusion dénoncés ont démontré que l’argent gagné en exploitant les ressources naturelles du Congo, est détourné par les autorités qui les gèrent ou par d’autres prédateurs internes et externes. Une littérature abondante dénonce les nombreux écarts négatifs et manquement en matière de gouvernance et de gestion.

Il y a certes la chute des prix du pétrole brut en 2014 sur lesquels s’appuient les autorités pour expliquer l’état catastrophique de l’économie du pays, mais cela n’explique pas tout. Car le niveau de la dette de 118% du PIB en 2017 est resté inexpliqué avec la disparition de plusieurs fonds dont le fonds destiné aux générations futures qui a subitement disparu dans les méandres de la corruption clanique.

Les projets de l’Etat sont détournés pour assouvir les envies insatiables d’enrichissement boulimique des individus membres du clan ou affiliés au pouvoir en place. Après ces actes délictueux, les fonds restants qui auraient pu être encaissés pour le compte de l’Etat, ne sont pas en grande partie placés dans les caisses du Trésor public.

Or le Trésor et les autorités de l’Etat auraient pu les utiliser pour financer de nombreuses activités économiques réalistes ou des projets plus structurants visant à dynamiser et à renforcer la force motrice de l’ensemble du processus ayant pu conduire au développement économique et à la stimulation de l’activité globale.

Les fonds ayant été détournés ne sont donc pas dirigés vers le circuit économique de la nation. Or ils auraient pu permettre à l’ensemble du système de profiter de la manne pétrolière et des autres ressources financières issues de la vente des matières premières, pour attaquer et développer des secteurs économiques clés qui auraient pu constituer l’ossature et la colonne vertébrale du système.

Cette situation a eu pour conséquence lorsque les prix des matières premières ont chuté, notamment le pétrole, de faire péricliter l’ensemble du système, en l’absence de pare-feux qui auraient pu empêcher le système de s’écrouler. L’absence de politiques de développement crédibles, cohérents sur longue période fait que l’économie ne soit pas dynamique et est incapable de se reproduire et de s’auto-entretenir, en s’appuyant sur des institutions fortes.

Quelques membres du clan au pouvoir s’étant accaparés de toutes les ressources globales, ils font la pluie et le beau temps avec leur cohorte d’obligés. Malheureusement ils ont placé dans l’ombre leurs butins. Ces ressources financières sont un manque à gagner énorme pour l’Etat, l’économie nationale et les populations. Elles sont camouflées soit à l’intérieur du pays, soit dans des établissements financiers étrangers obscurs.

Or sans circulation suffisante de monnaie en interne couplé à des ponctions et des fuites de capitaux exagérées, pas de progrès économique, tous les banquiers centraux le savent.

Cette ponction financière massive empêche la diffusion au sein de la société d’un pouvoir d’achat conséquent qui peut permettre aux populations de participer activement par la consommation et l’investissement, à la maîtrise des paramètres et variables gouvernant la stabilisation du système, afin d’empêcher la propagation rapide et la diffusion de la crise économique, tout au moins en ce qui concerne les effets internes.

Qu’est-ce qu’ont fait les institutions financières internationales pour s’assurer que le Congo puisse réellement relancer une croissance de qualité ? Se seraient-elles assuré que les personnalités corrompues et corruptrices ne vont pas une nouvelle fois utiliser les fonds prêtés pour assouvir leurs propres envies d’enrichissement et leurs désirs incommensurables ? Ne feraient-elles pas partie de ces prédateurs tant décriés ?

Le FMI a élaboré un plan de sauvetage de la république du Congo d’un montant de 449 millions de dollars au sein d’un programme de crédit prolongé sur trois ans, approuvé jeudi dernier par son conseil d’administration, sans éclairer la lanterne du peuple congolais sur l’utilisation des sommes d’argent en milliards de dollars cachées dans les paradis fiscaux.

Le FMI aurait-il aidé les congolais à les récupérer et à les remettre dans les caisses de l’Etat ? Dans le cas contraire, pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Ce que l’on sait, c’est que l’institution internationale a été parmi ceux qui ont bruyamment annoncé que le Congo était surendetté. Qui finalement paiera l’ardoise des dettes ainsi accumulées et à qui demandera-t-on des comptes, au clan Sassou au pouvoir qui s’empiffre ou au peuple congolais ?

La Banque africaine de développement (BAD) arrive aussi au chevet du clan, s’est-elle une seule fois souciée de l’état de santé économique et financier de l’ensemble des congolais et de la nation congolaise ? Elle n’est pas sans ignorer l’état réel de l’économie et des finances du Congo et elle connait les causes réelles qui ont engendré cette situation de délabrement généralisé. Aurait-elle fait le choix de fermer délibérément les yeux et de voir mourir à petit feu la plus grande majorité du peuple de ce pays ?

Il est clair que sans éclaircissement de ces zones d’ombre, le Congo ne pourra pas espérer sortir de ce marasme économique qui lui est imposé par la multitude de prédateurs internes et externes.

Que doit faire le peuple congolais pour sortir de ce piège dans lequel les prédateurs veulent l’enfermer ? Devrait-il demander des comptes à ses autorités politiques ? Une telle option nécessiterait la prise en compte du fait que comme en 2016 ou pour le changement de la constitution, le dialogue réel sera exclu et que la violence sera utilisée pour mater les esprits éclairés et les plus revendicatifs.

Il faut également noter que pour déployer et mettre en œuvre les potions libérales les plus amères, les institutions internationales de Bretton Woods encouragent toujours les autorités des pays concernés à imposer les solutions les plus négatives par la force.

La BAD qui est basée à Abidjan en Côte d’Ivoire qui fait suite évidemment à la décision du FMI, met sur la table du clan qui se lèche déjà les « babines », près de 2 milliards de dollars ; pour quel programme économique réel ? L’ont-ils annoncé et que l’information nous est passée inaperçue ou traitent-ils également avec le clan comme les autres institutions internationales dans l’ombre ?

Ousmane Dore, directeur général du Bureau de développement régional de la BAD en Afrique centrale, s’est confié à l’agence Reuters, en disant que la  BAD s’appuie sur une opération  budgétaire dans le cadre d’un programme soutenu par le FMI. Il est vrai que pour aboutir à un accord, le FMI a négocié dans l’ombre pendant deux ans, sans que ne soit mis devant le peuple la totalité des clauses discutées sur l’ensemble des tenants et aboutissants.

Mais pour ces institutions financières même s’il doit y laisser sa peau, le peuple congolais devrait obligatoirement avaler sans broncher la pilule « empoisonnée ». Ousmane Dore précise néanmoins la nature des potions magiques inoculées : «Ce sont des programmes indicatifs qui devraient être mis en œuvre d’ici 2019-2021, une fois que les projets seront fermement préparés et que les conditions de décaissement seront remplies».

Les autorités de Brazzaville ont-elles effectué une mutation profonde subite telle qu’elles soient devenues carrément de bons gestionnaires à qui il faut faire confiance ? Quelles garanties auraient-elles donné au FMI et à la Banque mondiale pour que ces établissements au service des prédateurs leur accordent ce grand crédit ? Pourrait-ce être en raison de l’abondance des fonds cachés dans leurs comptes offshore intouchables dans les paradis fiscaux ?

Jean de Dieu MOSSINGUE

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