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La pyramide de schiste américaine menace de s’écrouler

© AFP 2019 JUAN MABROMATA

Le miracle pétrolier américain est en péril: la production du pétrole de schiste a déçu les investisseurs, et les producteurs font face à des frais conséquents à cause des particularités de cette technologie. Nombre d’entre eux ont quitté le marché, ont fait faillite ou sont sur le point de déposer le bilan.

En dix ans, les États-Unis ont plus que doublé leur production pétrolière en réalisant leur rêve de longue date: réduire leur dépendance envers les importations d’hydrocarbures, rappelle le quotidien Nezavissimaïa gazeta. La grande partie de cette augmentation est assurée par la production de pétrole de schiste dans le bassin permien au Texas et au Nouveau-Mexique. Mais dernièrement, les médias américains rapportent que le sort des hydrocarbures de schiste suscitent une tornade d’inquiétudes.

Le quotidien The Wall Street Journal a attiré l’attention sur une sérieuse contradiction dans les rapports de la compagnie Concho Resources chargée du forage dans le bassin permien, qui indiquent que malgré une hausse annuelle de la production de pétrole et de gaz de plus de 40%, l’entreprise a annoncé une baisse de 22% de ses recettes, et de 25% de ses revenus, au deuxième trimestre 2019. Les pertes nettes au premier semestre s’élèvent à 792 millions de dollars. La compagnie a annoncé également qu’au deuxième trimestre le nombre de puits de forage actifs s’était réduit de 26 à 18, alors qu’il y en avait 33 au début de l’année.

Et le cas de cette compagnie n’est pas isolé. Les analystes indiquent que dans l’ensemble l’activité de forage de nouveaux puits dans le secteur pétrolier américain continue de diminuer: selon le dernier rapport de la troisième plus grande compagnie mondiale dans le secteur des services pétroliers et gaziers, Baker Hughes, non seulement la tendance à la réduction des foreuses se maintient, mais le rythme du déclin de l’activité dépasse également les attentes. La société a annoncé qu’aux États-Unis, à une semaine du 30 août, le nombre total de foreuses avait diminué de 12, jusqu’à 742 unités, tandis que les experts prévoyaient une diminution de seulement 5 foreuses – ce qui aurait maintenu un total de 749. Le rapport précédent contenait également des mauvaises surprises. Une réduction de 3 foreuses étaient attendue à l’époque, jusqu’à 767, mais leur nombre avait diminué de 16 unités d’un coup.

Révolution de schiste

C’est principalement grâce au schiste que la production pétrolière américaine a atteint le record de 11,5 millions de barils par jour. Mais le boom du schiste a également son revers: pour maintenir une production élevée, les opérateurs doivent forer de plus en plus de puits, ce qui nécessite des dépenses colossales.

En 10 ans de révolution de schiste, les 40 principaux représentants du secteur ont dépensé presque 200 milliards de dollars de plus qu’ils n’en ont gagné, alors que les compagnies ont perdu presque 80% de leur valeur en actions.

Le secteur de schiste est confronté à une forte pénurie d’argent: en 2018, Wall Street a investi deux fois moins de fonds dans le secteur qu’en 2017. Fin 2018, la plupart des compagnies ont dû réduire leurs budgets de plusieurs milliards de dollars à cause de cette réduction des investissements.

La demande pétrolière mondiale augmente d’environ 1,2% par an, alors que la production d’«or noir» aux États-Unis, selon les analystes, a augmenté de presque 12% (de 10,9 à 12,4 millions de barils par jour). Et une hausse de 7,5% est attendue en 2020, jusqu’à 13,4 millions de barils.

C’est particulièrement critique pour les petites entreprises de schiste car les puits s’épuisent rapidement, et qu’il faut constamment en forer de nouveaux pour maintenir la production et la rentabilité. Mais cela demande de l’argent. Actuellement, les revenus de la vente d’un quart du pétrole de schiste produit aux États-Unis servent à honorer la dette des entreprises.

Sachant que d’après les représentants des compagnies de schiste, le cours du baril doit rester à hauteur de 60 dollars pour que de nouveaux projets puissent être lancés.

Les experts du quotidien russe Nezavissimaïa gazeta expliquent que les pertes des investisseurs sont principalement amorties par le budget public, car la hausse de la production pétrolière est en grande partie un projet politique des États-Unis.

Roustam Tankaev, directeur général d’Info TEK-Terminal, explique que la production de pétrole de schiste a été financée dès le début par le gouvernement américain.

«Cela fait longtemps que les États-Unis étaient préoccupés par leur indépendance énergétique, c’est pourquoi dès le début ils ont soutenu par tous les moyens la production de pétrole de schiste. En particulier, le gouvernement américain avait garanti indirectement, via des banques commerciales, des prêts préférentiels pour les projets de production», explique l’expert.

Et d’ajouter qu’en réalité les USA ne produisent pas 11,5 millions de barils par jour.

«La production du pétrole de schiste y augmente peu, elle s’élève à environ 5,5 millions de barils par jour. Les Américains incluent aux statistiques générales la production de différents combustibles liquides, du gazole de méthane, des analogues de gazole à partir d’huile de colza, qui n’ont rien à voir avec le pétrole. Ce secteur se développe chez eux encore plus activement, ils en produisent 6 millions de barils par jour. Les États-Unis produisent 1 million de barils rien que d’alcool moteur», déclare Roustam Tankaev.

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«Les entreprises de schiste (plus exactement les entreprises pour la production d’hydrocarbures non traditionnels, les schistes ne sont qu’un cas particulier dans toute cette industrie) étaient initialement risquées, et malgré un démarrage fort quand le baril valait encore plus de 100 dollars tout le monde comprenait qu’en cas de changement significatif de la conjoncture les compagnies pourraient faire faillite. Les problèmes ont atteint leur apogée en 2015-début 2016, quand le baril est tombé sous la barre des 30 dollars. Cependant, l’industrie du schiste ne s’était pas effondrée. Certes, de nombreuses compagnies perdaient de l’argent, mais elles pouvaient faire de nouveaux emprunts dans l’espoir de regagner des positions à terme, c’est pourquoi la production augmentait. En 2017 déjà, la production non traditionnelle de pétrole représentait plus de la moitié de toute la production américaine. Les producteurs de schiste ont été sauvés par les grandes capacités du système financier américain pour le refinancement des compagnies, ainsi que par l’annonce du début des négociations entre la Russie et l’Arabie saoudite sur l’accord Opep+. Aujourd’hui, avec un baril à hauteur de 60 dollars, il ne faut pas s’attendre à un effondrement du schiste. Mais les risques pourraient très probablement frapper les producteurs de schiste en cas d’abandon du format Opep+ par ses participants et du début d’une véritable guerre mondiale des prix dans le secteur pétrolier, c’est-à-dire en cas de fléchissement du baril jusqu’au niveau de 2015. Dans ce scénario, même le progrès technologique et la baisse du coût de production qu’il permettrait ne garantiraient pas aux producteurs de schiste leur survie. Mais tant que l’Opep+ fonctionne, il ne faut pas s’attendre à une baisse de la production aux États-Unis, au contraire: il faut s’attendre à sa croissance», conclut Stanislav Mitrakhovitch, expert de l’Université des finances et de la Fondation pour la sécurité nationale énergétique.

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur de l’article repris d’un média russe et traduit dans son intégralité en français.

Source: Sputnik News – France

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