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Huawei lance un «smartphone» sans parties des Etats-Unis d’Amérique: quel avenir pour cette guerre technologique?

Image d’archives

© AFP 2019 / Christof Stache

Avec les nouveaux smartphones Mate 30, Huawei a réussi à éviter les restrictions imposées par le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique qui a interdit la vente de tout composant conçu aux États-Unis d’Amérique à cette société chinoise.

Les analystes d’UBS et de Fomalhaut Techno Solutions ont publié une analyse des composants d’un smartphone Mate30 Pro. Auparavant, les produits Huawei utilisaient des composants high-tech nord-américains, mais cette société a ensuite été mise sur la liste noire du ministère du commerce des Etats-Unis d’Amérique, le géant chinois a commencé à chercher de nouveaux fournisseurs.

Huawei a collaboré avec des fournisseurs états-uniens tels que Qorvo Inc., Skyworks Solutions Inc., Broadcom Inc. et Cirrus Logic Inc. L’année dernière, la société chinoise a acheté des composants d’une valeur de 11 milliards de dollars.

Comment ils ont remplacé les composants états-uniens

Parallèlement, les nouveaux modèles Mate 30 utilisent des puces audio de la société néerlandaise NXP Semiconductors NV. L’analyse a montré que les amplificateurs de puissance précédemment fournis par Qorvo ou Skyworks ont été remplacés par ceux de HiSilicon, une filiale de Huawei. Les autres composants sont fournis par les médias taïwanais MediaTek et japonais Murata, rapporte le Wall Street Journal.

Un représentant de Huawei a déclaré au journal que la société « préfère acheter des composants à des partenaires états-uniens« , mais si cela n’est pas possible en raison de décisions de l’administration des Etats-Unis d’Amérique, elle n’aura d’autre choix que de trouver d’autres sources d’approvisionnement.

La volonté de Huawei de mettre fin à la dépendance des fabricants états-uniens va au-delà des smartphones, selon un employé de la société spécialisé dans la cybersécurité. Huawei aurait également appris à produire des stations de base 5G sans composants nord-américains.

Les progrès ont été rapides

Le fait que la marque chinoise ait été fabriquée sans composants des Etats-Unis d’Amérique indique que Huawei a réalisé des progrès très rapides dans l’indépendance des États-Unis d’Amérique et devrait développer ces acquis, a déclaré l’analyste du Centre pour les relations internationales de l’Université de Nanjing, Zheng Anguang, dans une interview avec Sputnik.

« Je pense que la soi-disant guerre froide technologique opposant les États-Unis d’Amérique à la Chine repose principalement sur des facteurs politiques et non économiques. C’est pourquoi les entreprises et les producteurs chinois doivent agir avec calme et prudence dans cette situation propre technologie avec des droits de propriété intellectuelle indépendants, au cas où il y aurait un autre incident à l’avenir », estime l’expert.

Par ailleurs, les entreprises chinoises devraient également rechercher des solutions dans le cadre de la justice. Par exemple, si certaines réglementations adoptées par le gouvernement des États-Unis d’Amérique ne sont pas conformes à la loi applicable, le problème doit être résolu par le biais de procédures judiciaires. En outre, il s’agit des relations économiques entre deux États souverains, une ou deux entreprises privées peuvent à peine s’opposer aux mécanismes de l’État, a ajouté Zheng.

Pendant ce temps, les États-Unis d’Amérique n’hésitent pas à utiliser toute la puissance des rouages de l’État contre une entreprise privée. De hauts responsables états-uniens voyagent à travers le monde pour convaincre leurs alliés de quitter Huawei. Pour les pays plus développés, Washington menace de cesser d’échanger des renseignements avec eux si ses réseaux de télécommunications comprennent des équipements de fabricants chinois. Pour les pays moins développés, ils pourraient concevoir des incitations financières.

Selon Bloomberg, la US International Development Finance Corporation, créée l’année dernière pour financer les pays à revenu faible et intermédiaire, est prête à financer le remplacement de l’équipement Huawei dans les pays pauvres avec une partie de son budget de 60 milliards de dollars.

De plus, Washington envisage d’étendre les sanctions contre Huawei et de les durcir.

Toutefois, jusqu’à présent, les Etats-Unis d’Amérique ne peuvent avoir qu’un impact limité sur les activités de Huawei, car persuader le reste du monde de se joindre au boycott de la société chinoise coûte trop cher. D’autres pays sont basés sur leurs propres intérêts commerciaux, a déclaré Zheng.

« Je ne crois pas que les États-Unis d’Amérique puissent contrôler totalement les exportations d’autres pays vers la Chine. Celles-ci sont guidées par les principes de protection de leurs propres intérêts dans le développement des relations commerciales et économiques. De nombreux pays du monde ont des liens commerciaux et économiques étroits avec La Chine et Washington ne pourront pas couper ces liens, car le géant asiatique est la deuxième économie du monde et la plus grande puissance commerciale du monde. Je ne pense donc pas qu’ils réussissent », a-t-il conclu.

Traduction : MIRASTNEWS

Source : Sputnik News

Latécoère, nouvelle victime de l’absence de stratégie industrielle de la France

© AFP 2019 LUDOVIC MARIN

Depuis le 4 décembre, le mythique équipementier aéronautique Latécoère bat pavillon américain. Alors que l’exécutif entend stimuler l’innovation et diminuer la dépendance de l’industrie de Défense française aux composants américains, il continuer de laisser passer des actifs industriels clefs sous contrôle étranger. Retour sur ces contradictions.

La défense des intérêts nationaux, un concept visiblement étranger à l’exécutif français. On l’avait observé de façon flagrante lors du démantèlement d’Alstom, sur fond de chantage américain, puis on l’avait constaté avec les cas de Lafarge, Technip, STX, Alcatel-Lucent et plus récemment Peugeot, ou encore lorsqu’Emmanuel Macron avait voulu faire don du reste d’Alstom à l’allemand Siemens, avant d’être arrêté par la Commission européenne.

C’est donc sans surprise que le 4 décembre l’OPA sur Latécoère, lancée en juin par le jeune fonds d’investissement Searchlight, immatriculé aux îles Caïmans, s’est couronnée de succès. En obtenant 62,76% du capital du champion français des aérostructures (tronçons de fuselage…) et des systèmes d’interconnexion (câblages, équipements embarqués…), le fonds américain n’obtient pas qu’un nouveau trophée à son tableau de chasse, ce sont surtout les brevets d’une entreprise particulièrement innovante dans un domaine hautement stratégique pour la France qui tombent dans l’escarcelle américaine.

En effet, Latécoère n’était pas simplement une «très belle entreprise» «stratégique», elle était surtout loin d’être une entreprise «musée», comme le rappelait récemment Laurent Izard, auteur de La France vendue à la découpe (Éd, 2019), auprès de nos confrères de Valeurs actuelles. Latécoère a beau avoir soufflé en 2017 sa centième bougie, elle multiplie les dépôts de brevet, souligne ainsi le normalien, aux yeux duquel cette cession touche à la «sécurité militaire» de la France.

En effet, au-delà d’avoir été une entreprise pionnière dans le transport de passagers (L’Aéropostale), avant de devenir un équipementier historique pour tous les constructeurs aéronautiques de premier plan (Airbus, Boeing, Bombardier, Dassault Aviation et Embraer), Latécoère innove dans les domaines des télécommunications et d’interconnections, en s’attelant notamment au développement de technologies optiques de transmission de données telles que le Li-Fi (pour «Light Fidelity»). Une technologie qui, d’ici une dizaine d’années, vise à remplacer le Wi-Fi dans les cabines.

Or, avec une prise de contrôle de l’équipementier par une société américaine, ce sont tous ses brevets qui tombent dans l’escarcelle des États-Unis. Des technologies développées en France viendront non seulement s’agglomérer à l’outil de puissance économique états-unien, mais elles feront également tomber sous le coup de l’extraterritorialité du droit US tous les appareils intégrant des composants développés par Latécoère. En effet, via la fameuse réglementation ITAR (International Traffic in Arms Regulations), les autorités américaines s’octroient le droit d’imposer à toutes entreprises à travers le monde de demander leur aval avant de procéder à l’exportation de matériels aéronautiques et de défense comportant des composants américains. Une loi d’un État étranger qui s’avère particulièrement contraignante pour les entreprises françaises et européennes, telles qu’Airbus, Thales ou MBDA.

Un aspect de cette opération de rachat sur lequel mettait en garde tant Laurent Izard que 17 députés (dont 14 issus de la majorité) de la Commission de la Défense nationale des forces armées. Ces derniers, menés par Jean-Charles Larsonneur, député LREM du Finistère, ont interpellé fin novembre le Premier ministre sur ce dossier, estimant qu’une «approche souveraine» devait prévaloir. Un argument de la menace que fait peser sur nos intérêts économiques l’extraterritorialité américaine qui devrait d’autant plus peser au sommet de l’exécutif que la France tient à réduire les dépendances de l’industrie de l’armement aux composants américains. Pourtant, il semble n’en être rien.

Mi-septembre, c’était Jean-Louis Chauzy, président du Conseil économique, social et environnemental régional (CESR) d’Occitanie, qui écrivait à Bruno Le Maire, estimant que «laisser le champ libre à un fonds nord-américain serait une erreur». À ses yeux, avoir «un peu» de patriotisme économique, «face aux États-Unis et à la Chine» n’est «pas un gros mot». Le président du CESR d’Occitanie brandissait alors une autre menace: celle du dépeçage pur et simple de l’entreprise par ses nouveaux propriétaires, prenant pour exemple le cas de Molex, entreprise de connecteurs électriques de la région de Toulouse, rachetée par des Américains, qui s’étaient emparés des brevets avant de délocaliser l’usine.

Un risque également mentionné par Laurent Izard, qui rappelle que face à ce type d’opération, des «garde-fous» juridiques existent pourtant, à commencer par le décret Montebourg, renforcé par la très récente loi Pacte. Pour l’heure, l’État a seulement demandé à l’Américain de laisser monter la société française de gestion d’actifs Tikehau Capital à 10% du capital de Latécoère, au titre du contrôle des investissements étrangers en France (IEF), une demande du gouvernement français à Searchlight qui pour l’heure reste lettre morte.

N’est-il pas étonnant qu’à l’heure où le gouvernement budgétise 10 milliards d’euros, mettant en garantie la vente de ses participations dans de grands groupes publics (ADP, Engie, FDJ), afin de constituer un fond pour financer la création de Start-ups innovantes, celui-ci ne trouve pas un centime pour empêcher que des fleurons français innovants, reconnus dans leur domaine d’expertise, ne se fassent racheter par des fonds étrangers?

Source: Sputnik News – France

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